OPTILAB ou le gâchis qu’on peut encore éviter

Il y a une dizaine de jours, loin des projecteurs, le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Chaudière-Appalaches (CISSS) a annoncé le transfert, le 14 janvier prochain, de la quasi-totalité des analyses de pathologie des laboratoires de l’Hôpital de Saint-Georges-de-Beauce vers ceux de l’Hôtel-Dieu de Lévis. Le CISSS fait ainsi un pas de plus dans l’application de la réforme qu’on appelle OPTILAB.

Au printemps dernier, OPTILAB a défrayé les manchettes dans Le Soleil à cause de retards considérables dans l’analyse des prélèvements. Quelque 2300 échantillons de routine, devant normalement être analysés dans un délai de 15 jours, étaient en attente depuis des semaines, sinon des mois, rapportait notamment Le Soleil. Évidemment, les patients, eux, ont dû attendre leurs résultats.

Le CISSS avait alors tenté tant bien que mal de justifier les ratés de l’opération. Il a dû réquisitionner les laboratoires de tous ses hôpitaux pour rattraper les retards, louer et emprunter des équipements, solliciter des quarts de travail supplémentaires auprès de ses technologistes médicales et faire appel à un sous-traitant, Dynacare, aux frais des contribuables.

Avec le transfert récemment annoncé, on peut d’ores et déjà anticiper les problèmes que va provoquer l’augmentation considérable du volume d’analyses transféré de Saint-Georges à Lévis. Un autre cafouillage est malheureusement à prévoir. Pariez que Dynacare viendra à la rescousse encore une fois. Une autre facture en vue pour les contribuables, et les patients risqueront encore d’attendre.

La situation a quelque chose d’ironique : OPTILAB, comme son nom l’indique, a la prétention d’optimiser les processus de laboratoire. À vous de juger… L’Alliance du personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux (APTS) dénonce depuis le début cette énième réforme du DBarrette qui vise à démanteler la plupart des laboratoires dans les hôpitaux du Québec pour centraliser les analyses dans quelques établissements seulement.

Comme tous les projets de l’ancien ministre de la Santé et des Services sociaux, OPTILAB est une réforme mise de l’avant dans le manque le plus total de transparence. Un projet mené pédale au fond sans aucune consultation, un projet imposé et mal ficelé. Un projet dont les bénéfices, sur papier, n’ont jamais été démontrés. OPTILAB, c’est la méthode bulldozer! Un gâchis assuré, ont mis en garde des centaines d’intervenants de tous les horizons.

De fait, tous ceux et celles qui connaissent le dossier de près ou de loin dénoncent cette réforme : les technologistes médicales regroupées sous la bannière de l’APTS, de nombreux médecins généralistes et spécialistes, plus d’une centaine de villes et municipalités, les partis de l’opposition (sauf les libéraux), etc. La réprobation est unanime. Une pétition lancée par l’APTS et demandant un moratoire a d’ailleurs récolté quelque 20 000 signatures.

Même le nouveau premier ministre a une opinion bien arrêtée sur le sujet. «On est contre le projet OPTILAB, a déclaré François Legault à l’hebdomadaire Les 2 Rives durant la dernière campagne électorale. Les emplois seront transférés alors qu’on a besoin plus que jamais d’avoir des emplois bien payés en région. C’est inacceptable», a-t-il tranché.

En fait, un des seuls, sinon le seul, pour qui la réforme apparaît encore acceptable est le CISSS Chaudière-Appalaches, qui s’obstine encore à aller de l’avant. Partout en province, OPTILAB semble sur pause. Si le cafouillage anticipé s’avère au matin du 14 janvier 2019, il sera aussi le seul à en porter l’odieux. Politiquement.

Jean-François Travers, représentant national – Chaudière-Appalaches, Alliance du personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux (APTS)