Un citoyen de 25 ou 40 ans serait déstabilisé si le propriétaire de son logement lui donnait 48 heures pour se dénicher un autre logis. Imaginez la personne de 90 ou 100 ans sans toit et dont l’état nécessite autour d’elle des gens pour l’aider à se nourrir, à se laver, à se vêtir, à prendre sa médication, écrit notre éditorialiste.

On se fout des «vieux»

ÉDITORIAL / «On est au service des aînés au Québec», soutient la ministre Francine Charbonneau. Vraiment? Lorsque des résidences pour personnes âgées décident de fermer leurs portes à deux ou six jours d’avis forçant le déménagement de femmes et d’hommes de plus de 80 ans, lorsque le gouvernement revoit à la baisse la formation exigée des préposés dans les résidences privées pour aînés, il est permis d’en douter. Même de dire, comme l’a fait mardi l’opposition, qu’on «se fout de la situation des aînés».

Parce que les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) se portent à la rescousse des personnes âgées expulsées et de leurs proches en les aidant à trouver une nouvelle place, la ministre semble croire que le problème est réglé.

À la fin mai, lors de la fermeture des Résidences de la Vallée, à Vallée-Jonction, le ministre de la Santé et des Services sociaux avait eu la même réaction. Le CISSS s’en occupait.

Gaétan Barrette avait aussi profité de l’occasion pour s’attaquer à la Coalition avenir Québec et son intention de diminuer le seuil d’immigration qui réduirait le nombre de personnes pouvant travailler comme préposés dans les résidences privées. Pas sûr que le sort des aînés était alors sa première préoccupation.

Non autonomes, vulnérables, les personnes âgées risquent d’être grandement perturbées et désorganisées par un déménagement précipité, et ce, malgré le soutien des travailleurs sociaux et du personnel des CISSS, et ce même si les propriétaires aident les résidents à «faire leurs boîtes».

Un citoyen de 25 ou 40 ans serait déstabilisé si le propriétaire de son logement lui donnait 48 heures pour se dénicher un autre logis. Imaginez la personne de 90 ou 100 ans sans toit et dont l’état nécessite autour d’elle des gens pour l’aider à se nourrir, à se laver, à se vêtir, à prendre sa médication. 

Avec la population vieillissante du Québec, avec l’insuffisance des services d’hébergement déjà identifiée par le Protecteur du citoyen, avec la difficulté des résidences privées pour aînés d’attirer et retenir du personnel auprès d’une clientèle de plus en plus lourde, la situation vécue récemment à Vallée-Jonction et cette semaine à Sherbrooke risque pourtant de se reproduire ailleurs. 

Il faut voir la réalité en face. Prendre les moyens pour s’adapter au vieillissement de la population. Le prochain gouvernement ne pourra pas passer à côté. Le Québec, devrait-on dire, ne peut passer à côté. 

Des cas comme Vallée-Jonction et Sherbrooke arrivent rarement, souligne Mme Charbonneau. Heureusement. Mais il faut des dispositions pour qu’ils ne se reproduisent plus. 

La ministre responsable des aînés a reproché mardi aux députés de l’opposition Harold Lebel et François Bonnardel d’entretenir une campagne de peur. «Mon collègue a eu le privilège d’avoir deux résidences en deux semaines qui ont fermé, ça lui permet de se lever puis de parler des aînés vulnérables», a-t-elle dit à l’endroit du député péquiste de Rimouski. 

Un privilège? Voilà qui en dit long sur la façon dont les élus considèrent le dossier des personnes âgées. 

Libéraux, péquistes et caquistes s’entendent tous pour dire qu’il est inacceptable qu’une résidence privée pour aînés puisse fermer ses portes avec un préavis de quelques heures. Il devrait donc être possible de modifier rapidement la législation pour s’assurer que des personnes âgées vulnérables vivant dans des résidences privées sont mieux protégées. Québec osera-t-il le faire? Des résidences privées pour aînés estiment que le gouvernement exige déjà beaucoup d’elles. 

Québec ne gagne rien à niveler par le bas. Même si les personnes âgées vivent dans des résidences privées, lorsque les services y sont inadéquats, le problème revient toujours dans sa cour.