On oublie l’avenir

On a déjà observé que le français au Québec se délite un mot après l’autre et qu’il subit une influence imparable de l’anglais. Un nouveau programme — ou la publicité l’entourant — illustre le phénomène.

On fait de moins en moins la distinction entre les deux substantifs «avenir» et «futur». L’Académie française la fait. C’est dire que le gouvernement fédéral et le premier ministre ne prennent pas grands risques en proclamant : «Un futur plus propre» = «A cleaner future», si on scrute la promesse avec le prisme du français. L’Académie précise «Avenir désigne une époque que connaîtront ceux qui vivent aujourd’hui, alors que le futur renvoie à un temps plus lointain, qui appartiendra aux générations qui nous suivront». Une traductrice des Nations unies, Myriam de Beaulieu, écrit à propos du choix à faire : «On en oublie la nuance… au point de sembler nous catapulter dans un avenir lointain, dans un décor de science-fiction». Le français fédéral canadien ignore cette subtilité. Même les Québécois ont de la difficulté à la garder à l’esprit tant est décisive l’influence de l’anglais en Amérique. Pourtant l’amélioration du français ici suppose qu’on y aille un mot après l’autre.

Gaston Bernier, secrétaire général de l’Asulf, Québec