Selon le maire Labeaume, les gens de Pie-XII ont compris les solutions que la Ville veut implanter pour le tracé du futur tramway sous l’emprise électrique.

On est parlables, mais il y a trop de bruit

POINT DE VUE / Selon le maire Labeaume, les gens de Pie-XII ont compris les solutions que la Ville veut implanter pour le tracé du futur tramway sous l’emprise électrique. On a surtout compris la confirmation de nos appréhensions concernant la pollution sonore et les impacts sur notre santé.


Systra, la firme conseil de la Ville, et selon sa base de données européennes, nous prédit des nuisances sonores du tramway au passage à 7,5 m de 78 dB(A) à 40 km/h. Une augmentation de 8 dB est considérée dans les courbes de faible rayon pour simuler le bruit du crissement, conformément aux directives de la méthode de calcul européenne CNOSSOS-EU1. Les erreurs de conception du tramway font qu’il y a trois courbes à virages serrés sous l’emprise électrique. 

Alors ce sera le festival des décibels et avec lui tous les impacts sur la santé des riverains des deux côtés de l’emprise. L’Institut national de santé publique du Québec établit un lien entre le bruit environnemental et des effets physiques et psychosociaux tels que la perturbation du sommeil, le stress, les maladies cardiaques, l’hypertension artérielle2.

Avec les normes de la Federal Transit Administration, la firme Systra oublie de nous dire que : «Speed dependence is strong for electic-powered transit trains because wheel/rail noise is the dominant noise source and noise from this type of source increase strongly with speed»3.

Le tronçon sous l’emprise en est un de 70 km/h; donc le tramway fera plus de bruit qu’un métrobus à moteur thermique. Le bruit de métal sur métal augmente fortement avec la vitesse du tram. Je vous rappelle que c’est le calme plat derrière la maison et que le bolide de 143 pieds passera 334 fois quotidiennement, traînant ses sept tonnes. Même avec un mur phonique, on ne pourra pas dormir au deuxième étage et encore moins manger sur notre patio. Selon l’INSPQ, il est important de savoir qu’il n’y a pas d’adaptation physiologique au bruit, même si on croit s’y habituer. L’audition est en fonction 24h sur 24. Le tram commence à 5h et termine à 1h de la nuit. Que dire en plus du bruit qui sera causé lors du déneigement des rails la nuit.

Pour se fier aux dernières recherches sur le bruit environnemental, il faut prendre les données de l’OMS en date du 10 octobre 2018. Bien que ces lignes directrices soient d’abord destinées à l’Europe (royaume du tramway), l’OMS mentionne clairement que : «les niveaux d’exposition recommandés peuvent être considérés comme applicables à d’autres régions et adaptés au public à l’échelle mondiale»4. Les lignes directrices viennent bousculer les habitudes en utilisant comme principaux indicateurs ceux mis de l’avant dans la directive européenne sur le bruit environnemental, soit le Lden et le Lnight. L’indicateur Laeq antérieurement utilisé a donc été remplacé par le Lden qui couvre une journée complète. 

Par exemple, pour convertir un niveau de bruit Lden en Laeq 24h, il faut réduire le niveau Lden de 6,1 dB pour le bruit ferroviaire. Les nouvelles valeurs/guides reflètent une exposition de longue durée (une année). Elles sont de 54 dBA (Lden) pour le jour et 44 dBA (Lnight) pour la nuit. Avec ses nouvelles lignes directrices et valeurs/guides, l’OMS reconfirme que le bruit environnemental est non seulement un problème de santé publique, mais qu’il constitue un enjeu et des risques importants.

Nous demandons à la firme Systra de bien vouloir adopter les dernières valeurs guides de l’OMS portant sur le bruit environnemental. La santé des citoyens serait mieux protégée avec ce changement d’approche et l’état des recherches récentes y trouverait son compte. Cela ne devrait pas faire problème car la majorité des données qu’utilisent Systra sont d’origine européenne. Nous demanderons que ces valeurs/guides soient celles retenues lors des réunions du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

1. Mémoire technique — Rapport d’étude acoustique, Systra, page 85, Ville de Québec
2. INSPQ, meilleures pratiques d’aménagement pour prévenir les effets du bruit environnemental sur la santé et la qualité de la vie, page 5
3. Transit Noise and Vibration Impact Assessment Manual, FederalTransit Administration, page 11
4. Organisation mondiale de la santé. Lignes directrices relatives au bruit dans l’environnement dans la région européenne — Résumé d’orientation. Copenhague : Organisation mondiale de la santé; 2018 texte de Richard Martin et Mathieu Gauthier dans le bulletin d’information en santé environnementale BISE, 22 mai 2019