On a pris ma ville en otage pour le G7

Le G7 s’est tenu les 8 et 9 juin à Charlevoix, tout près de Québec. J’étais présent aux manifestations et j’habite Saint-Jean-Baptiste, au cœur du «quartier chaud». On a dit et écrit beaucoup de choses sur la présence policière, une présence absolument exagérée, et sur le fait que certains policiers (militaires) portaient des mitraillettes, chargées à bloc, et sur le budget de 600 millions $.

Dans les manifestations festives, il y avait des familles, des musiciens et des musiciennes, le tout dans un bric-à-brac multigénérationnel, etc. On aurait pu s’attendre à une ambiance décontractée, mais c’était tout le contraire. La présence de l’antiémeute, même avant le début de la 1re manif, l’encadrement, très serré, des deux côtés de la rue par des dizaines et des dizaines de policiers, souvent masqués, tous dans leur équipement antiémeute… Sous un ciel envahi d’hélicoptères, j’ai spontanément pris la main de ma conjointe.

J’ai participé à de nombreuses manifestations, les plus grosses de 2012, mais aussi d’autres dans les années 1980, parfois tendues… mais je n’ai jamais vu ce que j’ai vu les 7-8 juin dernier. Un tel déploiement guerrier, précédé d’une campagne de peur, campagne venant de tous les niveaux de gouvernement et même associé à un tract distribué au centre-ville. Il n’est pas anodin ce tract dans lequel on invite les résidents à cacher nos objets de valeur, à ne pas quitter la maison, à barricader nos commerces, etc. L’objectif de ce tract n’était pas d’informer, mais de faire peur. Celles et ceux qui auraient le «courage» de sortir «prendre la rue» seraient confrontés par des centaines de policiers armés, certains armés pour tuer.

Jamais je n’ai été aussi inconfortable dans des manifestations. Jamais je n’ai été aussi inquiet pour mes enfants (en âge de manifester s’ils le souhaitent), ainsi que pour leurs amis. Mais au-delà des émotions, des impressions, des sentiments ou des louanges unanimes chantées envers le «travail impeccable des policiers», ce dont nous avons été témoin est gravissime. Les trois paliers de gouvernement nous ont démontré qu’ils sont capables (tant sur les plans idéologiques et politiques qu’au niveau de la force guerrière) de prendre une ville entière en otage (au détriment des droits fondamentaux) et ce, sans que la population n’y puisse quoi que ce soit. 

Mais le plus sérieux, le plus grave, le plus tragique est que de tous ces décideurs, tant les élus que les multiples officiers de la police et de l’armée, de tous les organisateurs du G7, de tous les stratèges responsables de la sécurité, aucun, pas un seul n’a élevé la voix pour dénoncer cette attaque frontale à la démocratie. Nous croyons vivre en démocratie au Québec, au Canada, nous venons pourtant d’être témoin que nos droits fondamentaux, comme celui de manifester librement, sans intimidation ni pression indue, ne tiennent vraiment qu’à un mince fil. Nous savons maintenant «qu’ils» sont capables, qu’ils ont les moyens (les «forces de l’ordre ne feront qu’exécuter les ordres») et qu’ils oseraient donc le refaire, au besoin.

Sylvain Marois, Québec