Selon notre lecteur, avec les décisions du conseil d’administration et les objectifs anticipés, on comprend que le plan ING2020 sera plus dans le marketing que la gouvernance.

OIQ: deux ans de tutelle... et puis après?

Le vendredi 6 juillet, cela a fait deux ans que l’Ordre des ingénieurs (OIQ) a été mis en tutelle. La décision du gouvernement était une réponse à la commission Charbonneau. On se souvient que les ingénieurs ont défilé pour expliquer les stratagèmes mis en place pour contourner les règles des appels d’offres au plus bas soumissionnaire.

Il n’y a pas eu que les ingénieurs qui ont défilé devant les caméras, mais ce n’est rien de nouveau : pour tout drame, toute crise, il faut un coupable. Plus la faute est grave, plus la sanction doit être importante. En 45 ans, jamais un ordre professionnel n’avait été sanctionné de la sorte.

Un ordre professionnel est théoriquement une organisation autogérée; gérée par ses membres pour protéger le public. La mise en tutelle de l’OIQ devait être le signal comme quoi les ingénieurs devaient se prendre en main. Cette sanction prenait tout son sens alors que l’organisation semblait s’être trainé les pieds avec comme conséquence le plus grand scandale des 30 dernières années.

La réponse de l’Ordre des ingénieurs aux témoignages entendus a été que l’organisation n’était pas prête à ce type d’enquête. Une ingénieure junior a témoigné avoir signalé à son syndic qu’on lui demandait de fausser des quantités pour des matériaux livrés en chantier. Au moment des faits, on lui aurait demandé des preuves sans quoi on ne pouvait rien faire. Ne serait-il pas le rôle du syndic de trouver les preuves? À croire que personne à l’OIQ n’avait eu écho de la commission Plouffe!

Où en sommes-nous après deux ans de tutelle? L’Ordre des ingénieurs a mis sur pied un plan d’action, le plan ING2020. Son échéance arrivera en même temps que le 100anniversaire de l’organisation. Ledit plan vise à faire de l’OIQ LA référence en matière de gouvernance. Ainsi, l’ambition est de faire passer la profession de cancre à championne!

Évidemment, un objectif aussi audacieux demande des actions tout aussi audacieuses. Voici celles qui, malgré la tutelle, donnent la pleine mesure de l’audace des dirigeants de l’OIQ :

› Février 2018 : annulation des élections au suffrage universel des membres pour le poste de la présidence. Les administrateurs ont cru préférable de choisir eux-mêmes le candidat pour le mandat débutant en juin 2018;

› Février 2018 : annulation des élections des administrateurs sous prétexte de réduire la taille du conseil d’administration par attrition;

› Mars 2018 : abolition du comité exécutif à compter du mandat débutant en juin 2018;

› Juin 2018 en assemblée générale : 57 participants votent pour et 33 contre une cotisation spéciale pour financer une campagne de publicité de 3 millions $. Parmi ces 90 ingénieurs se trouvaient majoritairement les 24 administrateurs, des employés de l’OIQ et des bénévoles des sections régionales...

Avec les décisions du conseil d’administration et les objectifs anticipés, on comprend que le plan ING2020 sera plus dans le marketing que la gouvernance. Après Plouffe, Charbonneau, tout laisse croire qu’on s’en reparlera dans 30 ans!

Guy-Michel Lanthier, ing., auteur du livre Dessein d’ingénieurs - La déroute des professions et président 1996-2001 de l’organisme Ingénieur Sans Frontières Québec, Montréal