Nous souhaitons tous vivre en dignité

Depuis les dernières années, nous sommes témoins de dénonciations des conditions choquantes dans lesquelles les résidents et résidentes, de tous âges, vivent dans les CHSLD.

Nous avons remarqué une inaction du ministre de la Santé face aux scandales des ratios de couches, des chutes, de la surmédicalisation, de la maltraitance, pour n’en nommer que peu d’exemples. Nous avons remarqué, lors de nos recherches, que les piètres conditions de vie des personnes qui résident en CHSLD relèvent principalement d’un manque flagrant de financement. Ainsi, nous revendiquons un réinvestissement massif dans les fonds destinés aux CHSLD du réseau public. Nous sommes tous au courant, particulièrement vous M. Barrette, que la population du Québec est vieillissante et que les besoins se font grandissants. Les effets du manque de fonds se font déjà sentir, qu’adviendra-t-il si vous ne cessez de couper?

D’ici 15 ans un Canadien sur quatre aura plus de 65 ans. L’augmentation du nombre de personnes en perte d’autonomie qui s’ensuit apporte une forte demande de lits en CHSLD. Actuellement, les listes d’attente débordent, car le nombre de places est insuffisant. La réduction du nombre de lits en CHSLD, depuis les années 80, résulte du désengagement de l’État. Nous manquons de lits au point où l’État loue des lits aux établissements privés afin de désengorger les hôpitaux en attendant que les patients soient hébergés de façon permanente. Est-ce vraiment une solution durable? Nous ne croyons pas, il faut plus de CHSLD publics puisque le vieillissement est inévitable et nous souhaitons tous vivre en dignité.

Comme le récent mouvement des infirmières et infirmiers nous l’a montré, les conditions de travail du personnel soignant sont désastreuses, surtout en raison du manque de financement. Il manque de personnel, le ratio aidants/résidents ne cesse d’augmenter et le personnel a de moins en moins de temps à allouer aux patients. Selon nos recherches, le ratio s’élevait à 25 patients pour un seul infirmier en 2013. Mais sur le terrain, le nombre de résidents peut s’élever à 40. Le nombre bien trop élevé de patients force les intervenants et les intervenantes à donner les soins le plus rapidement possible au détriment de la qualité.

Les contraintes de temps, causées par le manque de personnel soignant et de financement, ont entraîné certaines des situations les plus scandaleuses comme les «ratios» de couches et le nombre de bains alloués aux résidents. Le ratio de couches découle bien plus d’un manque de temps que d’un manque de matériel! Il en va de même pour les bains. Saviez-vous que lorsqu’on mentionne un bain complet par semaine, il s’agit en fait, bien souvent, d’un lavage complet à la mitaine? Pourquoi contraindre nos aînés à ces conditions?

Docteur Barrette, au nom des hommes et des femmes qui résident en CHSLD, nos parents et nous-mêmes, nous vous demandons de réinvestir dans les fonds destinés aux CHSLD puisque les besoins se feront grandissants. Vous peinez à répondre à la demande actuelle, en plus de contraindre le personnel soignant épuisé à exécuter leurs tâches à toute vitesse en raison du manque d’effectifs et des ratios démesurés. Les coupures se font au détriment de la qualité de vie des personnes résidant en CHSLD. Et notez ici que le blâme n’est pas dirigé vers le personnel soignant, mais envers votre ministère.

Enfin, comment expliquer cette situation intolérable provoquée par votre gouvernement sinon par l’âgisme, cette propension à percevoir les personnes vieillissantes comme étant moins importantes et à les traiter de manière méprisante. En 2018, on ne devrait pas avoir peur de se retrouver dans de telles conditions et méritons de vivre en dignité. 

Marilou Provost, Audrey Bouchard, Jasmine Comeau, Karine Grenier et Valérie Bastien, Étudiantes en techniques de travail social au cégep du Vieux-Montréal