Le cas récent de l’étudiante d’origine française, dont la connaissance de sa langue maternelle a été jugée insuffisante parce qu’un des chapitres de sa thèse de doctorat a été rédigé en anglais, a mis dans l’embarras le ministère de l’Immigration du Québec.

Nous sommes tous citoyens du monde

POINT DE VUE / Je suis de tout cœur avec les étudiants étrangers qui se sont fait bousculer par le projet de loi du ministre de l’Immigration du Québec et le nouveau règlement du PEQ, car j’ai moi-même vécu plusieurs problèmes reliés à l’interprétation de ma nationalité, et ce dans mon propre pays.

À l’automne 1952, ayant décroché une bourse d’études postdoctorales, mon père a pris le bateau en direction de la France, avec ma mère et leurs deux enfants et demi : ma sœur aînée, mon frère aîné et moi, qui étais déjà en chemin avant le grand départ. Née en France, mes parents m’ont tout de suite inscrite à l’ambassade du Canada comme citoyenne canadienne, jusqu’à ma majorité internationale, soit 21 ans. 

Même scénario pour ma sœur cadette, née elle aussi en France l’année suivante, puis pour notre frère cadet né un an plus tard en Angleterre. La famille est revenue au Canada à l’automne 1958. Ma jeune sœur et moi n’avions droit qu’à la citoyenneté canadienne à notre majorité, car ni l’un ni l’autre de nos deux parents n’avait la citoyenneté française et nous n’avons pas vécu assez longtemps en France pour en revendiquer la citoyenneté. Cependant, notre frère avait le droit de choisir la nationalité canadienne ou anglaise à sa majorité. Autre pays, autres mœurs!

À 19 ans, j’ai subi une chirurgie orthopédique dans un hôpital de Québec. En complétant le questionnaire préopératoire, j’ai écrit «Canadienne née à l’étranger», comme sur mon document officiel, à la question portant sur ma nationalité. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu une facture de plusieurs milliers de dollars. La personne qui avait traité mon dossier n’avait sans doute pas jugé utile de nous contacter pour obtenir des précisions. Elle a donc choisi la facilité : envoyer une facture, ce qui nous a causé bien des désagréments pour faire corriger cette bévue.

Durant ma deuxième année comme étudiante à l’Université Laval, j’ai reçu une lettre du bureau du Registraire m’informant qu’à la session suivante, les frais de scolarité des étudiants étrangers subiraient une bonne augmentation. Encore une fois, un (e) employé (e) avait tourné les coins ronds. Le plus ridicule dans cette histoire, c’est que je ne payais pas de frais de scolarité, car mon père enseignait à l’UL. Autrefois, dans les universités françaises, les professeurs se rendaient mutuellement service en instruisant gratuitement les enfants de leurs collègues. Cette tradition, importée par Mgr de Montmorency-Laval, a pris fin avec la création du syndicat des professeurs, vers la fin des années 70.

Le jour de mon 21e anniversaire de naissance, comme j’atteignais la majorité internationale, je me suis offert un cadeau royal : je suis allée en personne demander ma rétention de citoyenneté canadienne au bureau de la Citoyenneté et de l’Immigration, pour éviter d’autres problèmes reliés à mon lieu de naissance. Quelques mois plus tard, j’ai enfin reçu le certificat prouvant que je ne suis pas une extra-terrestre.

Quel que soit le milieu professionnel, le degré hiérarchique ou le niveau d’instruction, peu importe le pays, la langue ou la religion, il y a toujours une minorité de gens qui ne prennent pas la peine de réfléchir et bâclent leur travail pour sauver temps et efforts, sans égard aux conséquences pour autrui. Un cas récent : celui de cette citoyenne française, dont la connaissance du français a été jugée insuffisante par un (e) fonctionnaire, pour la simple raison qu’un des chapitres de sa thèse de doctorat a été rédigé en anglais.

J’aurais tendance à croire que c’est ce ou cette fonctionnaire qui ne connaît pas suffisamment le français, car il (elle) ne s’est pas rendu compte que l’ouvrage était majoritairement écrit dans la langue de Molière.