Nous ne sommes pas tous atteints de démence

En réaction à la lettre d’opinion «Le droit de vote à baliser» du 13 octobre

Les résidents de la Roseraie, maison de retraite connue à Sainte-Foy, ont eu la surprise de découvrir en lisant leur Soleil du 13 octobre dernier qu’ils étaient tous atteints de démence sénile.

En effet, dans un Point de vue, Patrick Pronovost, professeur d’université et ex-candidat de Québec solidaire dans Jean-Talon, déplore que la Roseraie ait refusé la visite électorale qu’il prévoyait pour rencontrer ses résidents, «sous le motif que [ ceux-ci ] sont en perte d’autonomie et souffrent d’un déficit cognitif sévère».

La rumeur a vite enflé car le nombre de vos lecteurs, ici, dépasse largement la longue liste des abonnés.

Il serait facile d’ironiser autour de l’opinion que semble avoir de nous au moins l’un ou l’une des responsables de la maison où nous avons choisi de nous installer pour le meilleur plutôt que pour le pire. 

Étrangement, personne n’admet l’avoir émise, cette opinion.

Mais l’affaire est sérieuse. Le préjudice potentiel causé à la majorité d’entre nous par l’affirmation mensongère en question rend urgent le rétablissement de la vérité et de notre réputation. Nous avons des permis de conduire à renouveler, des testaments à modifier, un droit de vote à préserver, des budgets à administrer, sans compter nos engagements sociaux variés que la retraite n’a pas abolis. Ajoutons les réactions de notre famille et de nos amis : Quoi? La tante dont on admirait l’esprit alerte est démente? Bien sûr, puisqu’elle habite à la Roseraie!

La réalité, c’est qu’à la Roseraie, un étage regroupe les personnes qui souffrent d’un déficit cognitif sévère. Pour leur protection, elles n’en sortent qu’accompagnées. Dans les quatre autres étages vivent et circulent librement des gens qui, au minimum, peuvent exprimer leurs besoins, émettre leurs opinions. Les restrictions physiques à la mobilité de certains sont palliées par les cannes, les déambulateurs et autres fauteuils roulants. Faut-il le préciser? Leur vivacité d’esprit n’en est pas du tout ralentie!

De toute évidence, la majorité des résidents de la Roseraie possède, en moyenne, les capacités de la moyenne des retraités qui vivent partout ailleurs. Nous comptons même parmi nous des gens particulièrement brillants! Si l’un de vos journalistes désirait vérifier nos aptitudes mentales, nous serons heureux de l’accueillir. Nous le ferons participer aux conversations tantôt sérieuses, parfois savantes, souvent animées et drôles, qui embellissent notre quotidien.

Geneviève Danière, Ainsi que plusieurs autres résidents de La Roseraie