Notre «système» sait-il prendre soin d’un enfant ?

Claire Binet
Claire Binet
Québec
POINT DE VUE / Réaction à la chronique de Mylène Moisan du 16 août 2020 : Huit ans, confié au papa alcoolique. Mylène Moisan vient de rapporter une histoire incroyablement choquante. Un enfant de 8 ans est confié par le Tribunal de la jeunesse à son père alcoolique et instable. Sa mère est traitée comme une pestiférée parce qu’elle a été traumatisée par les violents agissements passés du père. Et l’enfant effrayé cherche à fuir son père.

Je suis franchement dégoûtée et, surtout, très inquiète. Voici pourquoi. 

C’est qu’il y a dans mon entourage un autre enfant de 8 ans en détresse. Comme ses frères de 6 et 12 ans, il vit une situation de violence psychologique feutrée, mais toxique. Les parents se sont séparés à l’automne 2018, après une dizaine d’années de vie conjugale. Depuis le début, la garde partagée s’avère chaotique, à cause de l’attitude hostile de l’un des parents. 

Cette personne utilise ses enfants comme des instruments de pouvoir et est en train de les détraquer à force de manipulation, de mensonge et de contrôle excessif. Bref, un sérieux processus d’aliénation psychologique est en cours. Soustrait à la garde de son autre parent suite à diverses manigances, l’aîné présente des comportements erratiques et incompréhensibles. Le deuxième est très perturbé, sujet à des crises de panique et d’anxiété quasi quotidiennes. Pour sa part, le petit ne comprend pas ce qui se passe et réagit parfois agressivement aux messages contradictoires de ses parents. Il faut ajouter à ce portrait les effets néfastes de cette situation sur l’ensemble de la famille, notamment des grands-parents à la santé fragile. 

Au cours des dernières semaines, les débordements ont été sans précédent, avec une accentuation du harcèlement et des intrusions de la part du parent hostile. Dans ce contexte, une travailleuse sociale fait de son mieux pour aider à trouver des solutions, mais il est évident que cela ne suffira pas. La situation déjà partiellement judiciarisée le sera forcément bientôt davantage. 

J’ai vraiment peur pour la suite. Surtout après tout ce que les médias ont révélé ces dernières années, particulièrement le cas de la fillette morte tragiquement à Granby et le rapport déposé la semaine dernière dénonçant les manquements généralisés à toutes les étapes du dossier. Je me souviens d’un autre cas dans mon voisinage il y a quelques années, où les ratées et les incohérences du  système» ont complètement miné la famille concernée. Que nous révélera de plus éclairant encore la commission présidée par Régine Laurent, qui a entendu nombre d’histoires d‘horreurs lors des audiences tenues à travers le Québec ? 

Le texte de Mme Moisan indique que le «système» continue à dérailler dangereusement. C’est plus que révoltant. Comment une chose pareille est-elle encore possible ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Où sont les autorités responsables ? Les députés, les ministres, le premier ministre ?

Je me croise les doigts et je prie pour que les personnes responsables du cas des trois enfants de mon entourage soient bien inspirées, afin qu’ils soient compris, protégés et aidés selon leurs besoins. Serait-ce espérer un miracle ? 

La crise de la COVID-19 nous a aussi récemment démontré hors de tout doute que le «système» mis en place par notre société dite avancée ne sait pas non plus pendre soin des aînés. Et ça ne date pas d’hier. J’ai encore en mémoire le long séjour en CHSLD de ma mère décédée en 2009 et des failles déjà alors présentes auxquelles notre famille a été confrontée. 

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