Notre insouciance dévastatrice

Il y a des choses qu’on peine à imaginer tellement elles nous dépassent. Comment imaginer par exemple la grandeur de la nature dans sa complexité effarante, ne serait-ce que celle que nous retrouvons d’abord en nous, celle d’un corps humain?

De la même façon, il est difficile d’imaginer notre univers gigantesque tapi de soleils et de planètes s’agglutinants en un nombre incalculable de galaxies. Il en va également de notre planète, la Terre qui, sertie de bleu et de blanc, tourne sur elle-même suspendue comme par magie dans l’espace…

Au quotidien, nos cerveaux ne semblent pas faits pour apprécier à leur juste valeur la majesté de ces merveilles et s’affairent plutôt à une multitude de tâches. Car malgré leurs prodigieuses capacités, nos cerveaux, si extraordinaires soient-ils, ont de la difficulté à aller outre ce pourquoi ils ont été à prime abord créés: assurer notre survie.

C’est alors que nous devons malheureusement nous contenter de mythes et de religiosité car, à l’évidence, nous n’avons pas l’étoffe suffisante pour avaliser directement la réalité de notre univers.

Comme l’écrivait dans son génie exceptionnel Blaise Pascal (1623-1662): Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. (texte Les deux infinis)

Or, voilà le drame: de cette incapacité chronique que nous avons d’imaginer la splendeur de la nature qui nous entoure vient notre insouciance dévastatrice!

C’est ainsi que, pour augmenter notre confort, nous exploitons indûment la surface de la Terre comme si, en celle-ci, nous trouverons de plus grands trésors que le privilège extraordinaire que nous avons déjà d’y vivre.

Notre quotidien n’est alors qu’un monde d’illusions où nous sommes rois et auquel nous préférons s’accrocher plutôt que d’accéder à la vaste réalité des choses qui, si elle était vraiment conscientiser, nous condamnerait à beaucoup plus de retenue.

Qu’en sera-t-il de la Terre dans une centaine d’années? Personne n’ose s’aventurer sur ce terrain! Avouons-le: nous n’osons imaginer ce futur relativement proche de nous mais qui nous fait atrocement peur!

Est-ce là la peur de ne plus être là pour se délecter encore des merveilles de la Terre ou n’est-ce pas plutôt celle d’avoir contribué directement à sa désaffection?

Pourtant, l’idée de léguer à nos petits-enfants une planète en désuétude devrait tous nous affecter prioritairement. Espérons que nous comprendrons avant qu’il ne soit trop tard que dans nos agissements irraisonnables actuels envers la planète nous les mettons directement en péril.

Pierre Desjardins
Montréal