Selon Ève Lagacé, directrice générale de l’APBQ, les bibliothèques n’ont pas le financement nécessaire pour jouer pleinement leur rôle dans la transmission de l’information.

Nos bibliothèques publiques, alliées dans la lutte aux fausses nouvelles

POINT DE VUE / Redoutables menaces dans les sociétés modernes, les fausses nouvelles circulent et se multiplient à toute vitesse. Médias traditionnels, médias sociaux, bouche-à-oreille… Toujours présentées comme la vérité, les fausses nouvelles sont des informations déformées et détournées, conçues pour tromper les gens.

Pensons à tous les scandales politiques, notamment ceux qui éclatent dans le cadre de campagnes électorales. Obama est-il né aux États-Unis? Trump a-t-il reçu un soutien de la part du Pape? Pensons au lien non scientifiquement fondé entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme. Croyons-nous ou savons-nous?

Bien plus qu’un simple lieu de transactions de documents ou un repère aux livres, les bibliothèques publiques jouent aussi un rôle de premier plan dans la littératie informationnelle. En réalité, la recherche d’information est, depuis toujours, un des services offerts par le personnel en bibliothèques. Savoir où rechercher de l’information fiable et vérifiée sur une vaste variété de sujets, identifier une source de qualité et débusquer les fausses nouvelles ne sont que quelques exemples de l’enseignement et l’accompagnement qui peuvent être faits dans une bibliothèque publique.

Accessibles, gratuites, ouvertes à tous et sélectionnant rigoureusement le contenu qu’elles présentent sur place ou en ligne, elles ont certainement le pouvoir d’agir comme antipoison aux fausses nouvelles. Pourtant, dans la très grande majorité des cas, les bibliothèques ne sont pas en mesure d’assumer pleinement ce rôle. Pourquoi?

Le manque de financement alloué aux ressources humaines, c’est-à-dire au personnel formé comme les bibliothécaires et les techniciens de la documentation, restreint l’offre de services des bibliothèques publiques. Comment se fait-il qu’au Québec, 17 % des bibliothèques publiques autonomes (dans les municipalités de plus de 5000 habitants) n’ont à leur emploi ni bibliothécaire ni technicien de la documentation, pourtant les deux formations directement liées au travail en bibliothèque?

Entre 2013 et 2019, 98 municipalités ont vu l’aide financière qui leur est accordée par le ministère de la Culture et des Communications du Québec pour le développement des collections diminuer de plus de 5 %. N’ayant augmenté que de 0,01 % depuis 2013, soulignons que ce soutien financier est réparti en 2019 entre pas moins de 173 municipalités, soit trois de plus qu’en 2013. Néanmoins, dans les bibliothèques où les ressources humaines sont en quantité suffisante et la formation appropriée, le service de référence est au cœur des activités. En 2017 seulement, le personnel de ces institutions a répondu à plus de 2494 000 questions de références.

Il ne fait aucun doute : amorcer un virage significatif dès maintenant est nécessaire afin d’exploiter nos bibliothèques publiques québécoises de sorte qu’elles remplissent leur rôle de littératie informationnelle, ayant ainsi un impact profitable sur l’éducation des Québécois. N’oublions pas qu’elles représentent l’institution culturelle la plus fréquentée au Québec, devant les cinémas, les musées et les salles de spectacles. Faisons donc d’elles un outil positif, qui nous permet d’évoluer, d’apprendre et surtout, à cette ère de l’information, de démêler le vrai du faux.

Alors que la Semaine des bibliothèques publiques bat son plein, rappelons-nous que les bibliothèques sont de moins en moins perçues comme de simples entrepôts de livres, mais plutôt comme des lieux d’apprentissage, de socialisation et de culture. Les soutenir financièrement ne peut qu’être un investissement rentable qui leur permettra de poursuivre leur développement.