«Si “le Canada reconnaît le droit des Palestiniens à s’autodéterminer et appuie la création d’un État palestinien souverain”, qu’attend le Canada pour reconnaître cette Palestine, suivant, en cela, l’exemple de 138 pays membres de l’ONU?» écrivent les auteures.
«Si “le Canada reconnaît le droit des Palestiniens à s’autodéterminer et appuie la création d’un État palestinien souverain”, qu’attend le Canada pour reconnaître cette Palestine, suivant, en cela, l’exemple de 138 pays membres de l’ONU?» écrivent les auteures.

Non à l’annexion-occupation

Dyala Hamzah
Dyala Hamzah
Professeure agrégée, histoire, Université de Montréal
Diane Lamoureux
Diane Lamoureux
Professeure émérite, science politique, Université Laval
POINT DE VUE / Au moment où le président Trump propose un plan de «paix» unilatéral qui fait fi de la Palestine et où le premier ministre israélien se propose d’annexer une bonne partie de la Cisjordanie occupée par Israël depuis 1967 et peuplée illégalement par des colons israéliens, il est plus que temps que le Canada prenne une position ferme d’opposition à ces deux projets.

Officiellement, comme il est possible de le lire sur le site du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (MAECI), «le Canada reconnaît le droit des Palestiniens à s’autodéterminer et appuie la création d’un État palestinien souverain, indépendant, viable, démocratique et doté d’un territoire d’un seul tenant, dans le cadre d’un règlement de paix globale, juste et durable […] qui ne peut être atteint qu’en établissant une solution à deux États à l’issue de négociations directes entre les parties».

Si tel est le cas, comment expliquer le silence assourdissant du gouvernement canadien sur le plan américain Peace to Prosperity, lequel contredit mot pour mot sa politique officielle? Car c’est, très précisément, un État non souverain et non viable, un «non-État» qu’a prévu Trump: un «État» sans politique extérieure propre, à l’économie captive, dépendant d’Israël pour sa sécurité, confiné sur un territoire non contigu, fractionné à l’infini, et élaboré sans aucune négociation, directe ou indirecte, avec la partie palestinienne. Fin janvier, alors que 50 leaders et anciens ministres des affaires étrangères européens condamnaient ce plan en y dénonçant «des caractéristiques similaires à l’apartheid», le ministre des Affaires extérieures expliquait, lui, vouloir prendre le temps «d’examiner prudemment les détails de l’initiative de paix américaine»: quels détails? Combien de temps encore? Au-delà de la poudre aux yeux et du juteux marché de l’armement que représente l’accord de normalisation israélo-émirati, Benjamin Nétanyahou n’a-t-il pas déclaré que l’annexion de pans entiers de la Cisjordanie était seulement «reportée» et qu’Israël n’y avait «pas renoncé»?

Si «le Canada reconnaît le droit des Palestiniens à s’autodéterminer et appuie la création d’un État palestinien souverain», qu’attend le Canada pour reconnaître cette Palestine, suivant, en cela, l’exemple de 138 pays membres de l’ONU? Eut égard, encore et toujours, à cette politique très officielle de reconnaissance «du droit des Palestiniens à s’autodéterminer» et de soutien à «la création d’un État palestinien souverain», quelle cohérence y a-t-il à rappeler au monde entier que, dans les faits comme en droit, le Canada ne reconnaît pas la Palestine, contrairement à une majorité écrasante des pays membres de l’ONU?

Si, comme le déclare le gouvernement canadien, nous entretenons des relations commerciales avec les Palestiniens, dont les exportations au Canada bénéficieraient «du traitement préférentiel prévu dans l’Accord de libre-échange Canada-Israël [ALECI] de 1997»…, comment expliquer que ces relations soient encadrées par un accord de libre-échange… israélo-canadien? Où est cet appui à une souveraineté palestinienne lorsque vous traitez vos partenaires palestiniens comme des mineurs incapables de commercer autrement que sous la gouverne de leur occupant? De plus, en précisant que les exportations palestiniennes au Canada «bénéficieront bientôt des améliorations de l’ALECI modernisé», à quelle amélioration-modernisation fait-on allusion? À celle qui fait en sorte que les vins produits dans les colonies israéliennes illégales de Cisjordanie (et que le Canada considère telles) soient tout de même étiquetés et vendus au Canada comme «produits d’Israël»? Dans l’affaire Kattenburg c. Canada (29.07.2019), la cour fédérale canadienne avait pourtant donné raison à un citoyen qui s’en émouvait. Le gouvernement n’a rien trouvé de mieux que de porter ce jugement en appel.

Les violations répétées et systématiques des droits humains par Israël et son mépris affiché du droit international constituent un affront à la communauté des nations. Lorsque, récemment, la cour pénale internationale, «convaincue qu’il existe une base raisonnable justifiant l’ouverture d’une enquête» au sujet «des crimes de guerre» passés et présents, commis en Palestine, a requis un avis, non pas politique, mais juridique, pour déterminer sa propre compétence à instruire tel procès, au nom de quels intérêts exactement le Canada s’est-il hâté de la récuser? Il est pourtant plus que temps de mettre un terme à l’impunité israélienne et de permettre l’avènement d’une Palestine libre, en mettant fin à l’ALECI et en adoptant une politique effective de sanctions à l’égard d’Israël.

Voir la liste des 200 signataires de la lettre.