Les cours de musique attirent souvent les coupes dans les écoles.
Les cours de musique attirent souvent les coupes dans les écoles.

Ne coupez pas la musique

POINT DE VUE / Il y a un peu plus d’un an, j’ai écrit un texte pour dénoncer un statut de Bianca Longpré à propos de la flûte à bec. Un des textes dont j’étais pas mal fier et dont le propos semble avoir été partagé par beaucoup de gens. J’y dénonçais l’attitude insupportable des parents qui freinent l’apprentissage de leurs enfants parce que ça les dérange ou parce qu’ils aiment moins ça. J’y parlais aussi des nombreuses difficultés qu’un prof de musique doit affronter pour assurer la santé (et bien trop souvent, la survie) de sa matière.

Et là, le COVID-19 nous amène face à un nouveau problème : quand l’attitude de ces parents se répand au sein des équipes de direction et des dirigeants qui préfèrent utiliser la situation pour couper la musique plutôt que de trouver des solutions en prétextant que ça serait trop compliqué. 

Ça n’a rien de nouveau tout ça. La musique est souvent une matière qui attire les coupes. 

Parce que ça demande du temps et de l’investissement pour un résultat parfois trop abstrait.

Parce que ça coûte cher et que ça demande beaucoup d’entretien.

Parce que c’est complexe à gérer vu que ça prend des compétences spéciales assez pointues.

Parce que ça prend de la place.

Parce que «anyway, la musique lui servira pas à grand-chose dans la vie».

Parce que c’est «une petite matière».

Il y a une fameuse citation qu’on attribue faussement à Winston Churchill selon laquelle lorsqu’on lui aurait demandé pourquoi ne pas couper dans les arts pour aider l’effort de guerre, il aurait répondu : «Then, why are we figthing for?»

Bien qu’elle soit fausse, cette citation nous amène une question réelle : pourquoi nous battons-nous?

La musique (et la culture en général), c’est probablement ce qui a sauvé la santé mentale de bien des gens dans les derniers mois.

La musique, c’est ce qui a aidé plusieurs jeunes à traverser cette période tumultueuse qu’est l’adolescence.

La musique, c’est cette matière qui transcende sa nature artistique pour apporter tellement de bénéfices, tant en ce qui concerne le développement cognitif, les aptitudes sociales, la réflexion logique et l’expression.

La musique, c’est la matière qui coûte cher, mais qui rapporte tellement. Si vous en doutez, je vous suggère d’aller faire un tour dans un concert ou une compétition scolaire et de voir les étoiles dans les yeux du jeune introverti à la fin d’une performance.

La musique, c’est tous ces élèves qui se réalisent dans ces succès.

C’est le monsieur dans ma rue qui chante de l’opéra et des airs italiens tous les midis.

C’est le gars qui a ses écouteurs dans le bus et ne peut s’empêcher de taper du pied ou de tapoter le rythme.

C’est la fille qui prend son temps avant d’arriver quelque part parce qu’elle vient d’entendre une pièce qu’elle aime.

C’est la personne qui perd (ou plutôt) investit 10 minutes de son temps à trouver «c’est quoi le nom de la toune».

C’est nous.

Et c’est vous aussi.

À la fin de chaque concert de l’Harmonie de la Relève de la Capitale, je me fais un devoir de rappeler aux spectateurs l’importance d’encourager les initiatives musicales et de supporter l’enseignement de la musique. Je souligne que si on veut continuer de créer des artistes (professionnels ou non) et leur permettre de rendre nos sociétés plus belles, ça commence par cet endroit où une toute petite étincelle peut allumer le plus beau des feux : le cours de musique.

Alors s’il vous plaît, laissez-nous allumer ces feux. Laissez-nous transmettre notre passion et faire découvrir à tant de jeunes ce que la musique peut leur apporter dans la vie. Laissez-nous continuer de changer le monde à notre façon, un jeune à la fois (ou en orchestre de plus de 50 aussi).

Parce que sinon, la question revient légitimement : si on en vient à couper ces matières artistiques qui transforment l’humain à travers cette expérience, si on continue de réduire le lien entre les jeunes et ce qui a de beau dans ce monde (et en eux-mêmes), pourquoi nous battons-nous?