Mon autre famille

Layla-Vanessa Fadous
Layla-Vanessa Fadous
POINT DE VUE / Quand je pense au Liban, je pense à la mer, les mezzés et le réconfort de ma grande famille. Les Fadous, Khoury, Mitri, Kfoury, Daoud et j’en passe. Ils m’ont fait sentir vivante et m’ont accueillie comme si j’avais passé les vingt dernières années avec eux.

Je ne suis pas née au Liban, mais le Liban a fait naître en moi mes origines libanaises dès mes premiers pas posés dans ce pays. La première rencontre, le premier coup de foudre, c’était en avril 2009. L’air salin, l’odeur du zaatar, le son des vagues et surtout l’hospitalité sans fin de mes cousins. Mariages, baptêmes ou simple déjeuner à la mer avec les sœurs et les frères de mes grands-parents. Si vivants, mais pourquoi ?

Rapidement, j’ai compris que mon pendant libanais ne vivait pas les mêmes réalités que moi au Québec. Je me rappelle de cette soirée à Beit Menzer. Je regardais les étoiles. Puis un bruit sourd ! Ce fut le début d’une série de longues discussions avec mes cousines. «Israël» on me disait ! Israël ? «Oui, ce sont des avions de reconnaissance israéliens. Ils survolent le Liban sans arrêt, prennent des photos du pays, font de la reconnaissance. Nous, Layla, nous ne savons pas ce qui peut arriver demain. On vit toujours comme si c’était notre dernier jour. Nos voisins sont nos ennemis. Personne ne veut notre bien ou notre sécurité. Nous n’avons pas d’assurance. D’ailleurs, tu savais que nous avons tous deux ou trois emplois ?» Et oui, en plus d’être dentiste et ingénieure, Nadine et Rony ont un «side». 

«Tu sais Layla, on ne sait pas. On doit trouver toujours des idées pour s’assurer que demain nos enfants iront à l’école et que nous aurons une maison». Car oui l’éducation est la priorité de tous les Libanais. Avec un taux combiné d’alphabétisation à 99%, les jeunes Libanais n’ont rien à envier aux autres jeunes dans le monde en termes d’éducation. Mais à quel prix ? Au prix de terrains familiaux vendus pour financer les études prestigieuses et maintenant pour un salaire qui ne vaut rien. Ainsi, ma cousine, Martine Mitri, dans la jeune vingtaine et docteure en pharmacie, a dû débourser 125 000 $ pour ses cinq ans d’études à l’American University of Beirut (AUB). L’AUB, c’est trois lettres qui sont synonyme de succès à l’étranger. Le salaire actuel de Martine est de 285 $ par mois. Aussi lucratif que des actions de David’s Tea…

Derrière l’apparence parfois léchée ou le volant gainé des Libanais se cache une anxiété bien maquillée. Êtres résilients et émotifs, mais encore et encore persévérants depuis plus de 40 ans. Toutefois, sa terre ne pourra plus toujours tout absorber. L’heure est venue pour le gouvernement libanais de mettre le bon masque, celui qui protègera et non celui qui volera.

Layla-Vanessa Fadous. Fière Libano Canadienne Québécoise, fille de Nagib Fadous, immigrant entrepreneur libanais qui s’est sauvé du Liban en janvier 1978, seul à 18 ans, fuyant les bombes et les guerres pour venir vivre au Canada.