Plutôt que de dépenser 500 millions $ pour permettre à Uber de venir faire la pluie et le beau temps au Québec, le ministre Bonnardel devrait investir dans une vraie modernisation du taxi traditionnel, écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Modernisation ou anéantissement?

POINT DE VUE / Le 20 mars, le ministre Bonnardel annonçait le dépôt de son projet de Loi 17, qu’il dit être au bénéfice de l’usager.

Il prétend «moderniser» l’industrie du transport de personnes. Selon le dictionnaire Larousse, «moderniser», c’est «rajeunir, donner une forme moderne, adaptée aux techniques présentes». Ça n’implique pas de démolir ce qui est en place. Une modernisation était demandée depuis des années par l’industrie traditionnelle du taxi, mais le cadre législatif actuel ne le permettait pas.

En 2015, Uber débarque avec ses gros sabots, fait fi du cadre législatif en place. C’est dans son ADN de procéder ainsi. Il réinvente la définition des termes «covoiturage» et «économie de partage». Il invoque le service à l’usager, ses prix compétitifs, un revenu d’appoint pour ses chauffeurs, la réduction de la congestion routière et la diminution des gaz à effets de serre. Quatre ministres des Transports se sont succédé en commission parlementaire avant qu’un projet pilote ne soit mis en place.

Aujourd’hui, le projet de Loi 17 anéantit complètement le régime en place pour faire place à de nouveaux joueurs, et ce, sans tenir compte de l’impact financier que cela aura sur ceux qui ont toujours respecté la loi.

Le ministre Bonnardel affirme que son projet de loi va être bon pour le chauffeur de taxi traditionnel parce que les mêmes règles vont s’appliquer à tout le monde. Vraiment? Pensez-vous que le travailleur autonome, qui voit disparaître son actif principal qu’est son permis, et qui va demeurer responsable d’une dette pouvant dépasser les 120 000 $, va pouvoir jouer à armes égales avec un géant qui utilise le dumping comme méthode de commercialisation?

Le premier ministre Legault avait promis de créer de la richesse au Québec. S’il crée de la richesse dans ce dossier, ça ne sera certainement pas au Québec. Le gouvernement va privilégier la création d’une «jobine» d’appoint au détriment d’un travail à temps plein encadré pour assurer la protection de l’usager. Je doute que le taxi traditionnel survive en ramassant les miettes laissées par les Uber de ce monde. 

Plutôt que de dépenser 500 millions $ pour permettre à Uber de venir faire la pluie et le beau temps au Québec, le ministre Bonnardel devrait investir dans une vraie modernisation du taxi traditionnel. Imaginez le résultat s’il investissait ne serait-ce qu’une fraction de cette somme à «peaufiner» une des applications existant déjà dans l’industrie du taxi traditionnel. On pourrait avec fierté dire Made in Quebec.