Modérer ses transports pour voyager mieux

Les nombreuses initiatives de transport en commun présentées récemment pour les agglomérations de Québec et de Montréal rivalisent de prouesses techniques, de versatilité et de coûts.

S’y ajoute un projet de «troisième lien» pour franchir le fleuve entre Lévis et Québec. Rien ne sera trop beau et trop cher pour décider des citoyens de plus en plus éparpillés sur le territoire à voyager en commun dans des nouveaux systèmes ou à utiliser un nouveau lien fluvial. Mais ces services ne seront disponibles que dans cinq à dix ans et la demande en déplacements risque de continuer d’augmenter d’ici là.

En attendant, que peut faire un citoyen obligé de se déplacer quotidiennement aux heures de pointe? Il peut d’une part endurer sa condition d’automobiliste pris dans les files de véhicules ou sa condition d’usager d’un transport en commun trop lent. Il peut aussi réaliser que le transport est un problème communautaire et chercher une meilleure solution à ses besoins en déplacements en s’associant à d’autres personnes. Il faut comprendre que les déplacements aux heures de pointe ne sont pas seulement l’affaire de ceux qui doivent se déplacer, mais aussi celle des municipalités qui développent des secteurs résidentiels et celle des entreprises et des institutions qui ont des employés et reçoivent des clients. Tous portent une responsabilité dans la localisation des résidences, des institutions et des entreprises et ils doivent être considérés comme des partenaires des transports aux heures de pointe. Ainsi, au-delà de ses recherches personnelles, le voyageur devrait pouvoir trouver, à l’échelle de son organisation de travail ou d’études ou de son arrondissement, l’assistance nécessaire pour organiser ou utiliser un transport partagé.

Et en ce sens, il faut rappeler que le Ministère des Transports du Québec (MTQ) avait, il y a une vingtaine d’années, mis en place un programme qui incitait et aidait les employeurs à organiser et à gérer des formules de transport pour leurs employés. Cette initiative a eu du succès auprès de certains grands employeurs, mais il semble que ce type d’intervention a été relégué en fin de liste des priorités du MTQ. Alors qu’il s’apprête à investir des milliards de dollars en infrastructures pour le futur, en compagnie du Gouvernement fédéral et des municipalités, le MTQ pourrait raviver un tel programme. Il n’aurait qu’à utiliser l’expertise qu’il possède déjà pour recréer à peu de frais, en collaboration avec les institutions, les entreprises et le monde municipal, des groupes de transport partagé et trouver avec eux des solutions de transport peu coûteuses et mieux ajustées aux besoins de leurs participants.

Ces solutions utiliseraient non seulement le covoiturage, mais diverses combinaisons de transport faisant appel aux véhicules privés, à des navettes, aux taxis et aux réseaux de transport en commun, avec des accès privilégiés aux voies réservées, aux stationnements incitatifs et aux stationnements des entreprises et des institutions. Ces solutions viseraient les besoins en déplacements personnalisés des membres du groupe, y compris l’éventualité de retours d’urgence à la maison ou à la garderie en cours de journée. Outre les moyens techniques, employés et employeurs ou étudiants et institutions pourraient discuter ensemble de questions telles l’aménagement des heures de travail ou d’étude, en vue d’une efficacité accrue des transports. En fin de compte, la gestion du transport quotidien pourrait devenir un dossier paritaire au même titre que la santé au travail ou aux études, la planification des périodes de vacances, etc.

Et qui sait, peut-être que les améliorations ainsi réalisées pourraient alléger concrètement la circulation aux heures de pointe et diminuer l’urgence des grands projets d’infrastructure de transport, voire remettre en question l’opportunité de certains d’entre eux.

Philippe Barrette, Québec