«Laisser la population décider à la place du gouvernement peut être grandement trompeur», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Mode de scrutin: laisser la population trancher, vraiment?

Lettre à M. François Legault, premier ministre du Québec

Vous avez dit tel que rapporté le 25 septembre : «On ne se trompe jamais en demandant son avis à la population». C’est une grande vérité et la population ne demande pas mieux que d’être consultée, c’est parfait.

Cependant, laisser la population décider à la place du gouvernement peut être grandement trompeur. On n’a qu’à observer l’évolution du Brexit au Royaume-Uni pour s’en convaincre. Le premier ministre Cameron et son parti n’ont pas manqué d’audace, mais que dire de leur vision et de leur sagesse.

D’autre part, comment la question du mode de scrutin serait-elle plus facile à trancher pour un simple citoyen comme moi, qui n’a aucune compétence dans ce domaine, que pour un gouvernement qui dispose de toutes les ressources requises? Un tel changement ne peut quand même pas être considéré comme une simple question de goût.

Je crains aussi que les enjeux référendaires ne viennent biaiser ma perception des enjeux électoraux et vice-versa. Les campagnes électorales sont déjà assez difficiles à suivre sans l’ajout d’une campagne référendaire sur un sujet aussi vaste et complexe.

Si je me fie aux débats publics récents au Québec, je n’arriverai pas à distinguer le vrai du faux, à saisir clairement les enjeux et à évaluer avec assurance les conséquences de ce nouveau mode de scrutin avant un éventuel référendum.

Et si le gouvernement ne veut pas prendre la responsabilité d’un changement aussi important, pourquoi devrais-je le faire? Je ne sais pas qui a demandé ce changement, mais ce n’est pas moi.

Je suis heureux que vous me demandiez mon avis, mais j’espère sincèrement que vous ne me demanderez pas de décider à la place du gouvernement.