Justin Trudeau

Migrants : changement de ton

Ce n’est pas seulement par souci d’efficacité et de justice que le gouvernement Trudeau veut augmenter la cadence du processus d’expulsion des demandeurs d’asile. Il tente également de prévenir les coups de ses adversaires qui n’hésiteront pas à exploiter ce thème pour faire des gains dans l’électorat.

Le rendez-vous électoral de l’automne 2019 incite les troupes libérales à corriger les éléments qui pourraient nuire à leur campagne et à leur réélection.
La façon dont le gouvernement Trudeau a géré le dossier du flux de migrants l’expose à des critiques.

Il suffit de suivre ce qui se passe chez le voisin américain en prévision des élections de mardi pour voir que le délicat et sensible dossier des migrants est explosif et peut devenir fort embarrassant en campagne électorale, même de ce côté-ci de la frontière.

Certains politiciens, au Canada, aux États-Unis et en Europe, n’ont aucun scrupule à démoniser les demandeurs d’asile, à nourrir les préjugés et les craintes à leur égard pour mobiliser leurs partisans et gagner des votes.

Aux États-Unis, la caravane de migrants ne pouvait avancer à un meilleur moment pour Donald Trump et le Parti républicain. Le président américain a accusé le Parti démocrate d’encourager «des millions d’étrangers illégaux à enfreindre nos lois et violer nos frontières et submerger notre pays».

Trump soutient que les caravanes sont composées de «très mauvais malfrats», de membres de gangs, de combattants coriaces. Il parle d’invasion, d’assaut contre le pays. Rien de moins.

Trudeau et ses troupes n’échapperont pas à ce type de discours alarmiste. Ses adversaires diront que les frontières du Canada sont devenues des passoires. Ils prétendront que les migrants sont un danger à la sécurité du pays, à son identité. Ils maintiendront qu’ils représentent une charge financière trop importante pour les contribuables canadiens.

«À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera». Ce message d’hospitalité lancé par Justin Trudeau est depuis janvier 2017 utilisé par ses opposants pour montrer l’amateurisme et l’angélisme du premier ministre dans le dossier des migrants.

Même si le gouvernement semble durcir le ton en annonçant qu’il expulsera davantage de migrants illégaux — il fixe la cible de 10 000 renvois de demandeurs déboutés par année — les conservateurs estiment qu’il a perdu le contrôle, qu’il doit en faire encore plus pour freiner l’afflux de réfugiés à la frontière.

«Il faut bloquer l’accès», a affirmé le député Pierre-Paul Hus qui s’inquiète de la facture liée à l’accueil de réfugiés.

Du côté du NPD, le ton est aussi au reproche, mais pour l’inverse. On redoute que l’objectif soit d’expulser le plus grand nombre de personnes, d’atteindre un quota sans discernement. Le NPD craint que la compassion disparaisse.

Il ne faudrait pas s’étonner qu’au cours des prochains mois, le gouvernement Trudeau tente de tenir un discours d’ouverture tout en se montrant plus ferme en resserrant certaines règles.

Le même phénomène s’est produit au Québec.

L’approche des élections avait également incité le gouvernement Couillard à corriger le tir. Jean-François Lisée qualifiait les migrants «d’invités» de Trudeau. François Legault doutait de la capacité financière du Québec d’accueillir «ces gens-là».

Ce printemps, Philippe Couillard s’était tout à coup montré plus revendicateur auprès d’Ottawa. En 2017, il avait ouvert le stade olympique pour les migrants. À six mois des élections, il avisait Ottawa que le Québec n’avait plus de place, que les services d’accueil étaient saturés.

Le chef jugeait qu’il valait mieux fermer un peu la porte.