Des travailleurs qui ont pris leur retraite après avoir œuvré des années pour une entreprise — ici l’usine Papiers White Birch — ont réalisé durement que la rente promise peut être réduite comme une peau de chagrin le jour où leur ex-employeur est acculé à la faillite et que le régime de retraite manque de fonds.

Mieux protéger les retraités

ÉDITORIAL / La compassion et les bonnes intentions sont peu utiles pour payer l’hypothèque et l’épicerie des retraités dont la rente peut fondre de 15, 20, voire 30 % lorsque leur ancien employeur déclare faillite et que le régime de retraite est déficitaire. Ottawa doit légiférer pour mieux les protéger.

Des milliers de personnes qui ont pris leur retraite après avoir œuvré des années chez Sears, à l’usine Papiers White Birch à Québec, à la minière Cliffs sur la Côte-Nord ou au Labrador, chez Nortel, chez le fabricant d’électroménagers Mabe, ont réalisé durement que la rente promise peut être réduite comme une peau de chagrin le jour où leur ex-employeur est acculé à la faillite et que le régime de retraite manque de fonds.

D’autres pourraient vivre le même cauchemar.

Lorsqu’ils sont dans l’opposition, les parlementaires sont sensibles aux revendications des syndicats et des ex-employés qui réclament une révision de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies et la Loi sur la faillite et l’insolvabilité afin que les retraités soient moins pénalisés en cas de faillite. 

Au pouvoir, les gestes concrets tardent cependant à venir. La situation est pourtant décriée depuis plus de 20 ans.

Le Syndicat des Métallos reprend ces jours-ci le bâton du pèlerin pour convaincre les députés fédéraux d’appuyer ce printemps un projet de loi privé déposé par le Bloc québécois (le NPD en a aussi proposé un) afin que les retraités se hissent plus haut dans les rangs des créanciers en cas de faillite.

«Entre le premier et le sixième palier de créanciers, il doit bien y avoir un juste milieu pour les retraités», fait valoir le coordonnateur du dossier chez les Métallos, Nicolas Lapierre.

Considérés créanciers ordinaires et non prioritaires, les retraités passent après le ministère du Revenu, les banques et les comptes de taxes des commissions scolaires et des municipalités. 

En 2009, lorsque des milliers de retraités de Nortel manifestaient à Ottawa pour réclamer une meilleure protection, Michael Ignatieff, alors leader du Parti libéral, avait affirmé que les élus devaient prendre le relais et faire le travail. À l’époque, le gouvernement conservateur estimait qu’il appartenait aux provinces de trouver une solution au problème rencontré par les retraités.

Certes, les provinces dictent les règles des régimes complémentaires de retraite. Mais en cas de faillite, la solution se retrouve dans la cour d’Ottawa. 

Ce printemps, dans le cadre du budget, le ministre libéral Bill Morneau a annoncé qu’il mènerait des consultations sur la façon de sécuriser les régimes de retraite en cas de faillite.

Il disait vouloir trouver un juste équilibre entre les droits des retraités, des prêteurs, des entreprises touchées par une faillite.

La tâche n’est pas simple. Il faut éviter que des retraités se retrouvent dans la dèche, mais il faut par ailleurs veiller à ce que de nouvelles règles ne provoquent pas une hausse indue des taux d’emprunts ou nuisent à une relance de l’entreprise en difficulté.

En prévision des élections de 2019, le temps serait bien choisi pour envoyer un signal fort.

Lors de la campagne électorale de 2015, les libéraux s’étaient engagés à rehausser les revenus de retraite des Canadiens. Ils ont bonifié le Régime de pensions du Canada et le Québec a finalement harmonisé son Régime de rentes du Québec à celui-ci. Ottawa a aussi rétabli à 65 ans l’âge de la retraite que les conservateurs avaient repoussé de deux années. 

Il reste à sécuriser les rentes provenant des régimes privés afin que des personnes âgées ne se retrouvent pas dans une situation financière précaire au point de devoir partir à la recherche d’un emploi à 70 ans.