Tous les enfants du Québec ne suivent pas la même trajectoire avant d’entrer à la maternelle. Si seulement 60 % des enfants de moins de 5 ans fréquentent un service de garde régi par le ministère de la Famille, il reste néanmoins beaucoup d’enfants qui ne vivent pas cette expérience éducative avant l’école.

Maternelle 4 ans ou CPE: un faux débat

Les travaux du Groupe de travail montérégien Orthophonie et développement du langage (GTM-ODL) soulignent l’urgence d’agir de manière précoce et le plus tôt possible auprès des enfants qui présentent des difficultés dans le développement de la communication et du langage. Or, parmi les enfants qui entrent en maternelle à 5 ans, 25 % présentent une vulnérabilité pour au moins un domaine de développement.

Le calcul est donc simple : dans une classe de 20 élèves de maternelle, cinq enfants risquent de voir leur réussite éducative compromise parce que les efforts n’auront pas été déployés avant cette transition majeure dans leur vie. Quand cette vulnérabilité touche spécifiquement la communication et le langage, ce sont alors deux enfants de cette même classe qui auront plus de difficultés que les autres à réaliser leurs apprentissages scolaires, qui seront plus susceptibles de développer une faible estime d’eux-mêmes ou des comportements sociaux inadéquats. 

Ce sont des enfants pour qui l’école sera tout sauf attractive, avec le risque de ne pas acquérir les habiletés nécessaires pour occuper ensuite une place légitime dans la société. Et cette histoire gâchée avec l’éducation se transmettra dans la famille que ces enfants bâtiront dans le futur! Au Québec, en juillet 2017, cela représente 53 162 enfants et leurs familles qui sont directement touchés par les difficultés dans le développement de la communication et du langage des tout-petits.

Avec la campagne électorale actuelle, nous entendons beaucoup de propositions touchant l’éducation en général et celle des tout-petits en particulier. Certaines d’entre elles sont avancées sans entendre la voix des familles et des groupes communautaires qui les soutiennent. Les mêmes propositions font également réagir bien des experts, comme ces chercheurs qui ont publié un vibrant plaidoyer en faveur de services éducatifs de qualité à offrir aux enfants d’âge préscolaire. 

C’est facile de proposer des actions pour les enfants qui entrent à l’école, car si certains sont scolarisés à la maison, la plupart des enfants fréquentent l’école à partir de 5 ans. Selon le ministère concerné, c’était le cas pour 89 184 enfants en 2016. Seulement voilà : tous les enfants du Québec ne suivent pas la même trajectoire avant d’entrer à la maternelle. Si, dans cette population des tout-petits, seulement 60 % des enfants de moins de 5 ans fréquentent un service de garde régi par le ministère de la Famille, il reste néanmoins beaucoup d’enfants qui ne vivent pas cette expérience éducative avant l’école. 

Pourquoi attendre la maternelle?

C’est surtout avant 5 ans que le cerveau d’un enfant se construit pour tout ce qui touche au langage et à la numératie. Pourquoi, dès lors, attendre que l’enfant entre en maternelle pour prendre les mesures appropriées pour lui offrir les meilleures chances de développement? Surtout, pourquoi attendre pour repérer d’éventuelles difficultés dans le développement du langage et de la communication et apporter toute l’aide nécessaire à l’enfant et à ses parents?

Le GTM-ODL propose l’implantation — partout au Québec — d’un continuum de services concerté en orthophonie communautaire, qui permet de déployer un filet social autour des familles dont les enfants présentent des difficultés dans le développement de la communication et du langage. La Montérégie est actuellement le théâtre d’une telle démarche et les résultats initiaux démontrent bien les apports positifs pour l’ensemble des acteurs. Cette nouvelle approche implique l’engagement de plusieurs partenaires, dont les services de santé (responsables de la dispensation des servies en orthophonie pour les enfants de moins de 5 ans), les services éducatifs (services de garde, maternelles 4 ans, etc.) et les organismes communautaires. 

Parce que tous les enfants ne partagent pas la même réalité dans leurs premières années de vie, l’approche permet l’accès à des ressources spécifiques en matière de soutien aux habiletés langagières et communicationnelles, ressources disponibles dans la communauté pour un accès facilité à toutes les familles, dont les plus vulnérables. Ce sont ces expertises que le Québec doit soutenir pour promouvoir la réussite éducative de ses enfants, car leur développement prend tout son essor dès leur naissance. Pas à leur entrée en maternelle!

Nathalie Walter, PhD, sciences biomédicales – orthophonie, chargée de projet, Groupe de travail montérégien – Orthophonie et développement du langage, chargée de cours, École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal