Manifeste des Fanny: au-delà de nos histoires, nos revendications

Nous, survivantes de l’industrie du sexe, qui avons été des Fanny, des Ariane, des Natacha, fugueuses ou non, sous l’emprise de proxénètes ou non, sorties de cette industrie ou non, sommes profondément écœurées. La fierté que nous ressentons face à nos consœurs qui osent témoigner et dénoncer n’a d’égale que l’exaspération que nous ressentons devant le peu d’actions concrètes faites pour nous soutenir et éviter à d’autres de connaître les horreurs que nous avons connues. Faut-il rappeler que cette industrie n’a pour seuls intérêts que le pouvoir et l’argent? Que les femmes et les enfants y sont considérés comme une source de profits, un objet malléable, recyclable, cassable et jetable?

Nous revendiquons :

  • Que la loi C-36 soit applicable à tous les prostitueurs, qu’ils achètent des personnes mineures ou majeures. Saviez-vous que la moyenne de «clients» par année pour une femme se situe entre 2000 et 2500?

  • Que cette loi soit mieux expliquée aux personnes dans la prostitution, de sorte que les proxénètes et autres complices de l’industrie ne soient plus crédibles quand ils répandent qu’elle les met en danger.

  • Que le premier ministre Justin Trudeau signe le décret mettant en œuvre les dispositions de la loi C-452. Il ne manque que sa signature pour que le fardeau de la preuve ne repose plus sur les victimes, que les fruits de la criminalité puissent être confisqués et que des peines consécutives puissent être données aux proxénètes.

  • Que l’arrêt Jordan ne soit plus jamais appliqué lors de crimes contre la personne. Le gouvernement doit s’attaquer aux réelles sources des problèmes qui pourrissent le système de justice, au lieu de patcher à coup de mesures injustes et absurdes comme celle-là.

  • Que les personnes qui souhaitent sortir de la prostitution soient activement et intensivement soutenues pour y parvenir et que les organismes qui les aident à le faire aient les moyens de le faire.

  • Que les personnes qui ne souhaitent pas ou n’osent pas sortir de la prostitution aient l’assurance qu’elles ne seront pas criminalisées, harcelées et méprisées par les forces de l’ordre et les institutions.

  • Que des mesures soient mises en place pour que les femmes en situation de précarité et à risque de basculer dans la prostitution aient accès rapidement à des alternatives.

  • Que les cours d’éducation sexuelle retrouvent leur place dans les écoles secondaires et qu’on y introduise la notion d’égalité homme-femme.

  • Que des campagnes de prévention auprès des jeunes soient faites pour leur éviter de tomber dans la prostitution.

  • Qu’une campagne de prévention à grande échelle soit mise sur pied afin d’informer les gens que la prostitution nuit à l’égalité homme-femme. Ce sont majoritairement des femmes qui sont prostituées et des hommes qui prostituent! Cherchez l’erreur…

Bref, nous demandons un minimum de justice; le droit de nous sentir en sécurité; du soutien pour guérir et des efforts réels pour que la violence dont nous avons été victime soit enrayée. Est-ce tant demander?

Nous n’avions pas la force de revendiquer quand nous étions honteuses et isolées, mais ce temps-là est révolu!

Noellie Agboton
Audrey Gagnon
Caroline Dubé
Véronique Girard
Marie-Josée Michaud
Doris Sullivan
Lorraine Roy
Valérie - Legal Tender
Manon Leclerc
Johanne Belair
Sophie Lavoie Coursolle
Nathalie Lebeault
Marie-Michèle Desmeules
Cindy Labonté
Marie Drouin
Rose Sullivan
Nathalie Paré