Maladie de Lyme… connais pas!

En réaction à la lettre «Lyme : la maladie honteuse de ma sœur», par Emmanuel Bégin, parue le 19 novembre.

Cher Monsieur Bégin,

Vous avez raison et vous avez toute ma sympathie concernant la façon dont votre sœur a été traitée par certains médecins. En effet, votre petite sœur n’était ni capricieuse ni folle.

Il y a 29 ans, en novembre 1989, j’ai moi-même, avec le Dr Beaudry, interniste, aussi à l’Hôtel-Dieu de Lévis, diagnostiqué le premier cas de la maladie de Lyme au Québec sur un patient de la Beauce. Grâce aux anticorps par immunofluorescence du patient concernant la bactérie borrelia. Ses anticorps étaient de 1/256. Après un traitement, ils ont baissé à 1/138 en date du 1er mars 1990. Nous l’avions traité avec un antibiotique de la famille de la tétracycline. Après deux mois et demi d’hospitalisation, il est resté avec les séquelles suivantes puisque sa maladie avait commencé depuis longtemps : douleurs musculaires allant en s’améliorant, besoin d’aide pour marcher, température, et état articulaire amélioré.

Permettez-moi aussi de vous dire que :

1) Ce n’est pas une maladie honteuse, comme vous le dites.

2) Les médecins n’ont pas peur. Les spécialistes et les médecins de famille n’ont pas de sueurs froides.

3) Malheureusement, beaucoup de patients souffrant de la maladie de Lyme se font traiter aux États-Unis. Ce n’est pas normal et ça coûte cher. Les médecins du CLSC et du Collège des médecins du Québec auraient dû sensibiliser les médecins partout au Québec sur les signes de cette maladie, et les examens à faire pour établir un diagnostic clair avec l’usage d’anticorps. 

Un bon examen physique doit être fait. Expliquer au patient les signes de la maladie : rougeurs apparaissant en alternative sur les membres et sur le corps, présence de température pouvant être élevée ou absence de température, vomissements, fatigue intense et faiblesse, manque d’intérêt, pas d’appétit, arthrite apparaissant ici et là et persistant, atteinte cardiaque (arythmie), perte de conscience, etc.

Surtout, le médecin doit s’informer si le patient est amateur de camping ou s’il se promène dans les sentiers forestiers, car c’est sur les feuilles des arbustes que les tiques se tiennent pour se laisser tomber sur leurs vistimes. Elles se fixent sur les êtres humains, les animaux sauvages, les chiens. 

Ces tiques anesthésient la peau de leur victime et les piquent pour se nourrir de leur sang. En piquant, ces tiques infectées sucent votre sang et vous laissent une bactérie de la famille des Borrelia. Vous avez alors une septisémie (explosion de bactéries dans votre sang) qui peut être aiguë ou de moyenne intensité pouvant causer ces symptômes.

4) La maladie de Lyme n’est pas méconnue. Au contraire, en 2017, 243 cas ont été déclarés. Il y en a eu sûrement davantage. Donc les médecins microbiologistes-infectiologues n’ont pas la sainte horreur de cette maladie, pour reprendre votre expression.

5) Avec le système de santé québécois, vous pouvez avoir raison concernant le sort des malades qui attendent des mois pour voir un médecin.
Par contre, je suis heureux, monsieur Bégin, que durant votre jeunesse, vous avez été opéré pour le cœur et que vous avez eu une bonne expérience. 

Grâce à votre chirurgien, vous êtes aujourd’hui en bonne santé. Les soins devraient être ainsi pour tous les patients. En passant, je suis contre, moi aussi, un salaire exhorbitant sauf pour certaines spécialités chirurgicales : transplantation cardiaque ou du foie, refaire une peau neuve sur une grosse portion du corps à la suite de brûlures, chirurgie cérébrale.

Louis Vallière, M.D. - F.R.C.P. (c)

Pédiatre et microbiologiste-infectiologue à la retraite

Québec