Si la maison Pasquier avait été située sur l’avenue Royale dans l’arrondissement Beauport ou dans le Vieux-Québec, elle aurait eu toute l’attention nécessaire, selon l'auteur de cette lettre d'opinion.

Maison Pasquier: «un deuil pour le patrimoine»

POINT DE VUE / Je suis très très peiné de la démolition de la maison Pasquier du XVIIe siècle, le 26 septembre. C’est un deuil pour le patrimoine bâti ainsi que pour tout le Québec.

Ma déception est d’autant plus profonde qu’en tant qu’architecte retraité de la Ville de Québec pour laquelle j’ai travaillé pendant 30 ans, j’ai toujours cru en sa mission de protection du patrimoine sur tout son territoire. En effet, si cette maison avait été située sur l’avenue Royale dans l’arrondissement Beauport ou dans le Vieux-Québec, cette maison aurait eu toute l’attention nécessaire, et ce, même si elle a perdu plusieurs de ses caractéristiques architecturales (matériaux extérieurs, fenêtres, etc.), mais cette situation n’est pas irréversible. Cette décision est d’autant plus méprisante envers l’arrondissement de la Haute-Saint-Charles. Si la décision a été prise ici même à l’arrondissement, ça démontre un grand manque de connaissances pour traiter ce dossier et si, par contre, la décision provient de la Commission d’urbanisme de la Ville, la situation est encore plus triste.

Mes derniers projets à la Ville de Québec furent entre autres la restauration de la maison O’Neill, non loin de la rivière Saint-Charles, dans le parc Duberger-Les Saules, ainsi que de la maison Dorion-Coulombe, dans le parc Cartier-Brébeuf. Ces maisons dataient du milieu du XIXe siècle, donc plus jeunes d’environ un siècle que la maison Pasquier. Lorsque nous avons récupéré ces structures, elles étaient bien loin d’en encourager leur restauration : la maison O’Neill avait des fondations presque en ruines, un intérieur plus que délabré, des planchers affaissés et un toit qui coulait de partout. Quant à la maison Dorion-Coulombe, elle n’était plus sur son site original, au coin de la rue Plante et du boulevard Hamel et son intérieur étaient complètement vide, aucune division, pas d’escalier ni aucune finition des murs intérieurs. Mais allez voir les résultats : nous les avons aimées et les avons respectées.

La maison Pasquier était très récupérable, d’autant plus que son site a encore gardé son caractère champêtre, mais pour combien de temps encore?

J’espère que ce malheureux évènement permettra d’amorcer une réflexion beaucoup plus profonde à la Ville ainsi qu’au ministère de la Culture sur les critères, souvent arbitraires, quant à la conservation de notre patrimoine. Et dans le doute, s’il vous plaît, on s’abstient.