Mais qu’est-ce que la prostitution?

POINT DE VUE / Dans le contexte d’audition XXX , des hommes paieront 20S pour se faire masturber par une femme, cela dans le stationnement d’un bar à Québec, sous la surveillance de la police pour s’assurer qu’il n’y a pas d’infractions lors d’un casting party, écrit-on dans Le Soleil du 10 juillet 2019! Sommes-nous à ce point ignorants et inconscients de la véritable nature de la prostitution?

Mais qu’est-ce la prostitution, peut-on se demander? En quoi la prostitution est-elle différente des autres types de sexualité humaine? Et la pornographie, serait-elle aussi de la prostitution?

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Il existe, entre les hommes et les femmes, au moins quatre types de relations interpersonnelles qui impliquent et supposent des activités sexuelles. Ainsi, dans le premier type, il y a activités sexuelles dans le couple fondé sur le mariage, qu’il soit formel, légal ou de fait. Dans ce cadre social, la sexualité du couple entraîne, pour ces personnes, pour la famille et pour la société, des obligations, des responsabilités, des droits, des devoirs, des émotions, des liens d’attachement, des liens de parenté consanguine, symbolique ou autres.

Dans le deuxième type, il y a activités sexuelles dans la relation amant-maîtresse, une relation différente dans sa forme du couple marié puisqu’il s’agit d’une relation généralement adultérine pour l’un ou l’autre des partenaires, sinon pour les deux, fondée sur l’amour et la séduction,  qui entraîne aussi des responsabilités, des obligations, des devoirs, des émotions, des liens d’attachement et autres entre les partenaires. Qui dit relations interpersonnelles dites obligations d’un genre ou d’un autre. C’est là le fondement même de la civilisation, de l’humanité.

La prostitution est le troisième type de relations impliquant des activités sexuelles. Elle se pose en totale rupture avec les deux types précédents. C’est un système commercial dont le but est d’offrir aux hommes du sexe sans obligation ni responsabilité. La prostitution est en opposition avec la sexualité humaine qui n’existe que dans la construction d’une relation humaine, affective, charnelle entre deux personnes, avec une communication verbale, corporelle, émotive, avec échange et partage. La prostitution est simplement de la génitalité et ce qui est vendu c’est l’accès au sexe d’une personne, à son corps, en partie ou en totalité, par un homme qui n’est rien pour elle et pour qui elle n’est rien. La prostitution est un système marchand où la personne prostituée est la marchandise. L’argent, qui peut prendre différentes formes – biens et services, drogues ou autres – est central à la relation et a pour effets de décharger celui qui paie des obligations et des responsabilités envers la personne prostituée et de réduire cette personne à un objet, une chose, un exutoire, un bien de consommation, une marchandise analogue à n’importe quelle autre marchandise offerte sur le marché. Dans la sexualité humaine, il y a don de ce que la personne a de plus intime et de plus personnel. La prostitution n’est jamais de l’amour, jamais de la sexualité, c’est du sexe pour le sexe, de la génitalité n’en échange d’argent. C’est de la baise, du frottage d’organes pour amener le client à une jouissance pour laquelle il paie: tu vaux tant, je te donne tant. Je t’ai payée, je ne te dois rien.

Le quatrième est le type fuck-friends, faire l’amour sans amour, coucher avec un ami, un fuck-buddy, des relations impliquant des activités sexuelles qui empruntent à la fois au deuxième et au troisième type, visant les avantages d’une sexualité irresponsable sans ses inconvénients. Le but de la rencontre est l’activité sexuelle, coucher pour baiser, coucher pour le plaisir sexuel, sans engagement, ce qui distingue de la relation du couple engagé, et sans payer pour s’éloigner de la prostitution. Contrairement à la relation amant-maîtresse où règne un romantisme et contrairement à la prostitution trop prosaïque et tarifée, ce type fuck-friend se veut léger, bien que loin de l’être. Il y aurait tellement plus à dire, on aura compris que des raisons évidentes d’espace rendent le développement impossible ici.

Et la pornographie?

La pornographie est de la prostitution filmée puisque dans la pornographie les «actrices» et «acteurs» sont payés pour avoir des relations sexuelles devant une caméra. Dans cette exploitation sexuelle filmée, les «acteurs» dépassent même la prostitution en réalisant des actes extrêmes qui y sont généralement refusés. Plus que de la prostitution, la pornographie selon l’analyse du sociologue Sonny Perseil, est du proxénétisme à l’échelle industrielle, une vérité qui se fait tout à coup évidente. Pourquoi cette réalité ne nous apparaît-elle pas immédiatement évidente?

Le porno est non seulement indissociable de la prostitution, mais est intrinsèquement de la prostitution et, fait valoir Perseil, puisque le proxénète est celui qui tire profit de la prostitution d’autrui, ainsi, un producteur de films XXX qui recrute des personnes pour les filmer en train d’avoir des relations sexuelles en échange d’une rémunération est un proxénète, et la pornographie du proxénétisme. Comme ces activités impliquent généralement plusieurs autres personnes, certaines agissant en qualité d’auteurs ou de complices, que le producteur utilise un réseau de télécommunications, ces dispositions relèvent d’un proxénétisme aggravé et pourraient être sévèrement punies. Pourtant, l’industrie porno est régie par le droit des affaires et les sociétés de productions sont des sociétés commerciales comme les autres. Pourquoi, se demande Perseil, un proxénète qui fait travailler une femme dans une agence d’escortes est-il mis en prison, alors qu’un autre qui fait tourner des actrices pour le même type d’actes est encouragé à le faire? L’un est privé de liberté, l’autre reçoit une récompense. Pour Sonny Perseil, il s’agit d’un arbitraire social, une aberration au regard du principe d’égalité devant la loi. Les acteurs pornographiques sont considérés comme des artistes et leurs producteurs comme des hommes d'affaires. Filmer la prostitution la rend donc autre du point de vue du droit. La qualification d’activités devrait dépendre avant tout de leur nature et non du fait qu’elles soient ou non médiatisées.

Dans la pornographie, le proxénétisme est partout, c’est du proxénétisme à l’échelle industrielle. Sont concernés ceux qui l’organisent, la diffusent, en font la publicité ou ceux qui en bénéficient: producteurs, réalisateurs, maquilleurs, caméramen… tous les diffuseurs, réseaux de diffusion par câble, chaînes de télé par satellite, pay per view dans les chaînes hôtelières, organes de presse, Internet, qui réalisent un pourcentage de leur chiffre d’affaires avec le X, une grande partie des réseaux de diffusion de la presse pourrait être qualifiés de proxénètes. Il y a aussi les techniciens qui contribuent à la production, les appartements utilisés pour les tournages… Or, les techniciens sont intermittents, les propriétaires ont un statut légal. Reste que des pans entiers de l’économie et des médias sont impliqués. La pornographie est maintenant intégrée au numérique mondial, donc, selon ce raisonnement, Apple et Google sont des proxénètes…

Comment admettre qu’une partie aussi importante de l’économie soit hors la loi? Pourquoi ne peut-il être question d’interdire? Mais il se pose maintenant un problème majeur qui tient au fait que ces images, autrefois inaccessibles aux enfants, le sont devenues avec la facilité d’accès à Internet; ainsi, le nombre d’enfants qui ont visionné du porno extrême a énormément augmenté. Tout le monde voit bien l’hypocrisie qu’il y a à prétendre que le visionnage est interdit aux moins de 18 ans. Quelles sont les conséquences sur leur développement et surtout sur leurs comportements sexuels? Les jeunes ne sont-ils pas actuellement interpellés et punis par la Justice comme conséquence de cette culture omniprésente de pornographie? Il pourrait bien s’avérer que le porno est encore plus dangereux que les autres activités liées à la prostitution. J’accuse les responsables politiques de ce pays de pusillanimité, soit son manque d’audace et de courage: sa peur des responsabilités.