L'auteure de cette lettre d'opinion est curieuse de savoir comment le gouvernement Legault entendra tenir compte des coûts environnementaux du développement économique du Québec.

M. Legault, passerez-vous de la parole aux actes?

La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP24) se tiendra à Katowice en Pologne du 10 au 14 décembre prochain. Le premier ministre François Legault a déjà confirmé qu’il ne s’y rendra pas alors qu’il aurait pu en profiter pour faire valoir le grand potentiel du Québec en matière de lutte aux changements climatiques et pour s’inspirer des meilleures pratiques mondiales.

M. Legault a pourtant mentionné lors de son discours d’assermentation qu’il avait une “sincère préoccupation” pour les défis environnementaux. J’ose donc présumer que si notre premier ministre boude la COP24, c’est qu’il a déjà une réflexion bien éclairée sur la façon avec laquelle il entend mener le Québec vers ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre. 

Tous les indicateurs montrent que si on continue dans la logique actuelle, le Québec ratera la cible. Pour tenir sa promesse timide, le nouveau gouvernement aura donc plusieurs défis à relever. M. Legault devra adopter un plan global, cohérent et inter-ministériel. Toute autre approche mènera à des absurdités comme celle relatée dans un récent rapport du Conseil de gestion du Fonds vert. Le manque de rigueur des programmes mis en place est tel que le Conseil conclut que plus de la moitié d’entre eux doivent être «arrêtés dès maintenant». Pourquoi, par exemple, le fonds a-t-il servi à financer l’expansion de Gaz Métro (devenu Énergir)? 

La protection de l’environnement et la réduction des émissions des GES ne peuvent pas être la responsabilité du seul ministère de l’Environnement. Le premier ministre, qui a à cœur la rigueur budgétaire, devra appliquer cette même rigueur à tous ses ministères pour contrôler les émissions de GES. Cette cohérence passe par l’adoption urgente d’une loi-cadre sur le climat. Cette dernière devra prévoir un budget-carbone québécois fixant la limite de GES pouvant être émis annuellement et impliquant une évaluation des impacts sur le climat pour chaque projet d’investissement gouvernemental majeur. Cette loi-cadre aura une incidence sur tous les organismes et tous les ministères, notamment les ministères des Transports, des Ressources naturelles, de l’Énergie et de l’Économie. 

Un des autres grands chantiers auquel le gouvernement devra s’attaquer, c’est celui du transport qui, à lui seul, est responsable de 41 % des émissions de GES. Que ce soit en matière d’électrification des transports ou de développement du transport en commun et du transport actif, le Québec a accusé un retard énorme et devra mettre les bouchés doubles pour le rattraper. De l’autre côté, il devra abandonner des projets contribuant à l’étalement urbain et par le fait même à l’augmentation des GES, tels que le troisième lien à Québec et l’élargissement de l’autoroute 30 sur la Rive-Sud de Montréal.

Le gouvernement de la CAQ se targue de faire de l’économie sa priorité. Parfait. Alors je suis curieuse de savoir comment le gouvernement Legault entendra tenir compte des coûts environnementaux du développement économique du Québec. Les récentes déclarations contradictoires de M. Legault sur l’exploration des hydrocarbures sur l’île d’Anticosti, sur l’assouplissement des règles de protection des milieux humides et le vide de la plate-forme électorale et du cadre financier de la CAQ en matière de lutte aux changements climatiques ont de quoi inquiéter les citoyennes et citoyens qui, comme nous à Québec solidaire, sont grandement préoccupés par l’avenir de la planète.

La voix de la sagesse, plus particulièrement celle des scientifiques du GIEC, nous indique clairement que les hydrocarbures devront rester dans le sol. Le Québec a la chance d’avoir d’immenses réserves d’énergies renouvelables, c’est celles-là qui devront être mises à contribution. Est-ce que M. Legault saura être à l’écoute et visionnaire? 

Québec solidaire a fait de l’enjeu des changements climatiques un élément central de sa campagne et a bien l’intention de talonner fermement et sans relâche le nouveau gouvernement du Québec sur cette question. 

On aurait pu s’attendre d’un premier ministre nationaliste qu’il souhaite positionner le Québec comme un leader mondial en matière de lutte aux changements climatiques à la COP24. On ne demande maintenant plus qu’à être impressionné par ses gestes. 

Ruba Ghazal, Députée de Québec solidaire, Responsable en matière de transition économique et écologique