Les auteurs de cette lettre d’opinion sont d’avis qu’il est maintenant temps de reconnaître l’apport particulier des organismes d’action communautaire autonome de lutte au décrochage comme une action directe de la communauté auprès des jeunes et des parents à travers le Québec.

Lutte contre le décrochage: nous sommes là pour vous appuyer

La publication de l’étude de l’Institut du Québec, dont les résultats exposent un taux de décrochage significativement plus élevé au Québec que dans le reste du Canada, a suscité plusieurs réactions tant par rapport aux causes qu’aux solutions. Ce faisant, plusieurs ont réduit le phénomène complexe du décrochage scolaire à «la culture québécoise», au manque de modèles masculins dans les écoles ou encore à la nécessité de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans. Puis, est venue la réponse du ministre de l’Éducation Sébastien Proulx qui a individualisé le phénomène en parlant de «décrochage parental» et a oublié, en parlant de l’engagement de la communauté, l’existence des organismes d’action communautaire de lutte au décrochage (OCLD).

Il est temps de rendre à ces organismes leurs lettres de noblesse et de les inscrire dans le débat en cours. Il est temps que les solutions qu’ils mettent en place concrètement sur le terrain pour lutter contre le décrochage et contribuer au bien-être de tous les jeunes soient connues et reconnues.

En raison de leurs caractéristiques spécifiques, les OCLD représentent les principaux acteurs pouvant aider le milieu scolaire à atteindre l’idéal de la réussite éducative de tous les jeunes. Ces organismes ont la particularité d’être issus des besoins de la communauté, à partir desquels ils basent leurs actions, tout en recentrant l’éducation, non pas autour de l’école, mais autour du jeune. Les OCLD répondent positivement aux besoins des jeunes et de leurs familles à des périodes et des moments où l’école est absente : le soir, la fin de semaine, l’été et quand les ressources de l’école atteignent leurs limites, les OCLD sont présents pour soutenir les jeunes.

Le financement public des écoles privées et les nombreux programmes sélectifs produisent de la ségrégation scolaire. La gestion axée sur les résultats implantée dans le système scolaire fait en sorte que ce sont les élèves qui doivent s’adapter au système, alors que l’on sait pertinemment que ce ne sont pas tous les élèves qui apprennent de la même façon. Le système d’éducation québécois actuel pousse trop souvent les jeunes en difficulté vers la sortie de l’école en les dirigeant vers des qualifications arrimées aux besoins des employeurs, sans prendre en compte leurs aspirations. En réponse à ces problèmes, la communauté, par l’entremise des OCLD, a mis en place des approches et pratiques axées sur la réussite éducative de tous les jeunes et appuyées par le milieu de la recherche.

Les OCLD constituent des milieux de vie inclusifs, dont la souplesse permet la reconnaissance de parcours diversifiés et atypiques, ils sont à l’écoute des jeunes et prennent en compte leurs besoins et intérêts, plutôt que ceux du marché.

Plutôt que d’accuser les parents de décrochage, les OCLD reconnaissent qu’ils constituent les premiers éducateurs de leurs enfants. Cette reconnaissance leur permet de bâtir un lien de confiance et d’accompagner les parents dans leur engagement. Les OCLD aident les parents à soutenir les apprentissages de leurs enfants et à comprendre les rouages du système scolaire québécois.

Il fut maintes fois admis, notamment dans la stratégie gouvernementale L’École j’y tiens, que l’école ne pouvait pas y arriver seule, puisque les facteurs du décrochage scolaire dépassaient ses murs. Il est maintenant temps de reconnaître l’apport particulier des organismes d’action communautaire autonome de lutte au décrochage comme une action directe de la communauté auprès des jeunes et des parents à travers le Québec : soutenir ces organisations est un pas vers la réussite éducative de toutes et tous.

Marie-Lyne Brunet, présidente du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage (ROCLD), directrice de l’organisme Je Passe Partout

Marie-Ève Carpentier, responsable des communications et de la vie associative, ROCLD