Un nombre appréciable de concitoyens et concitoyennes ne bénéficie pas d’un coussin de sécurité, qu’il soit monétaire ou affectif en ces temps de pandémie, écrit ce collectif d'auteurs.
Un nombre appréciable de concitoyens et concitoyennes ne bénéficie pas d’un coussin de sécurité, qu’il soit monétaire ou affectif en ces temps de pandémie, écrit ce collectif d'auteurs.

L’urgence de la solidarité sociale

POINT DE VUE / Grâce aux informations fournies par la santé publique, une bonne partie de la population est probablement en mesure d’apprécier la logique sous-jacente à l’appel de plusieurs gouvernements au respect des mesures d’éloignement social pour contrer la propagation du coronavirus.

Par ailleurs, ces mesures exceptionnelles et temporaires, espérons-le, s’accompagnent d’effets collatéraux qui commencent tout juste à être abordés publiquement. Ces effets ne concernent peut-être pas tant la partie de la population qui jouit de facteurs de protection suffisants, tant économiques qu’affectifs, mais une autre partie pour laquelle ces mesures engendrent des effets potentiellement négatifs de jour en jour. 

En effet, un nombre appréciable de concitoyens et concitoyennes ne bénéficie pas d’un coussin de sécurité, qu’il soit monétaire ou affectif. Pour plusieurs, le paiement du prochain loyer sera difficile voire impossible. Pour certains, la possibilité de conserver son emploi ou son entreprise est déjà fragilisée. Pour d’autres, la possibilité de se réfugier durant deux semaines au sein du cocon familial n’est pas envisageable, voire impossible. Pour des personnes malades, âgées ou en situation de rupture de liens, la possibilité de communiquer en utilisant les médias sociaux n’est même pas pensable, du fait de leur condition de santé et du manque de moyens mis à leur disposition. Pour plusieurs citoyens et citoyennes, les conséquences de ces deux premières semaines d’éloignement social auront un impact difficile à atténuer sur le long cours sans que des mesures concrètes d’aide et de soutien ne soient implantées rapidement.

En tant que citoyens et intervenants qui accompagnent une population de jeunes et d’adultes aux prises avec de grandes difficultés, dont le risque de se retrouver en situation d’itinérance, nous interpellons les instances gouvernementales et la santé publique afin que soient discutés dans un esprit solidaire les défis imposés par les mesures d’éloignement social aux citoyens moins nantis ou ne bénéficiant d’aucun filet de sécurité. La recherche de solutions doit se faire en collaboration avec les organisations communautaires et les autres services publics essentiels. Les organisations communautaires sont trop souvent les seuls refuges ou sources de réconfort pour les personnes en situation de grande précarité. C’est pourquoi les mesures d’aide et de soutien à bonifier ou à instaurer s’avèrent particulièrement urgentes, tant pour les populations dans le besoin que pour les intervenants qui les accueillent.

Il ne faut pas sous-estimer les risques d’accentuation de l’exclusion dont souffrent déjà de nombreux citoyens. Nous pensons que les mesures exceptionnelles de prévention imposées par la crise sanitaire actuelle doivent s’accompagner d’une éthique tout aussi exceptionnelle, laquelle doit inclure le respect du droit de tous les concitoyens et concitoyennes de bénéficier de la solidarité sociale par la mise en œuvre de mesures concrètes et anticipées. Nous encourageons chacun d’entre nous à faire preuve de solidarité et à œuvrer avec le MSSS à mettre en place toutes les mesures de soutien requises. Certes, une invitation à nous dépasser.

Signataires:

Diane Aubin, Amal Abdel-Baki, Chantelle Mireault, Marie-Eve Dupont, Ina Winkelmann, Mary Anne Levasseur et Yvonne Pelling (ACCESS EO - RIPAJ), Marie-Noëlle L’Espérance (En Marge 12-17), Geneviève Hétu (Passages), Rafael Moreno-Vacca (GIAP), Marie-Noëlle Perron (Maison Tangente), Andréanne Couture (Le Tournant), Émily Laliberté (Coup d’éclats), Dans la rue, Spectre de rue, Refuge des jeunes, Dîners St-Louis, Barbara Jomphe, Richard Aubin, Axel Glaize, Julien Peyrin, Kathryn Collister, Émilie Mandeville, Patrice Turcotte, Anne-Marie Tear, Ana Cecilia Villela Guilhon, Louis-Vincent Rail, Marie-Ève Blain-Juste, Lysandre Bourguignon, Marie-Hélène Séguin, André Baril, John Aubin, Richard Levasseur, Veronica Melis, Josette Déléas, André Moisan, Catherine Lamarre, Anne-Laure Teichet, Srividya Iyer, Sophie Bolduc, Leah den Besten, Monique Lavigne, Fernand Benoit, Charles-Albert Morin.