Le directeur des opérations de l'UPAC, André Boulanger, lors du point de presse de mardi.

L'UPAC joue avec le feu

ÉDITORIAL / La façon de faire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) dans une enquête sur une fuite médiatique liée à l’opération Mâchurer vient de provoquer un affrontement entre parlementaires et policiers. En usant d’un appât pour attirer le député Guy Ouellette, l’UPAC s’est aussi prise au piège. Quel gâchis!

Les députés libéraux peuvent difficilement s’opposer dorénavant à ce que le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, le député Guy Ouellette et l’analyste en matière de corruption Annie Trudel soient convoqués devant une commission parlementaire, comme le réclamaient en début de journée les partis d’opposition. 

Même si l’exercice comporte de grandes limites, même s’il ne permettra pas de faire la lumière sur ce qui s’est passé le 25 octobre, les élus ne voudront pas perdre la face et attendre tout bonnement que l’enquête de l’UPAC soit terminée, que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) décide s’il dépose ou non des accusations et que la justice suive son cours. 

Après le «qu’on accuse ou qu’on s’excuse», du président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, il est impossible pour les élus d’attendre des semaines, voire des mois avant d’en savoir un plus de la direction de l’UPAC et du député Ouellette qui dit avoir été intimidé et piégé par l’UPAC.

Les déclarations de mardi de chacun des principaux acteurs n’ont pas rendu le dossier plus clair. Les versions contradictoires soulèvent les mêmes questions chez bon nombre de citoyens : qui ment, qui tire les ficelles et dans quel intérêt? L’ex-enquêteur de la SQ et député Guy Ouellette ou l’UPAC? 

Le président Chagnon trouve intolérable que la police ait arrêté un parlementaire sans qu’aucune accusation n’ait été portée contre lui une semaine plus tard. Il trouve la situation digne d’une «dérive totalitaire». Il a rappelé qu’un député devait jouir de sa pleine liberté pour faire son travail, quel que soit le sujet qui le préoccupe et dont il fait le suivi, y compris le travail policier.

«Je pense que nous devons exiger que la clarté sur cette situation soit établie de façon urgente, que des accusations soient portées ou que des excuses publiques soient faites, qu’on accuse ou qu’on s’excuse, sinon cette Assemblée devra prendre les moyens pour défendre les fondements mêmes de son existence, soit la liberté, la justice et la démocratie».

À moins que les députés libéraux aient été convaincus par les explications de M. Lafrenière et du directeur des opérations de l’UPAC, André Boulanger, l’Assemblée devra répliquer rapidement.

Dans quelle lutte vient-on de s’embarquer? Les élus de chaque formation politique et l’UPAC tenteront de part et d’autre de défendre leur territoire. 

L’UPAC n’a pas l’air de s’embarrasser des privilèges parlementaires que le président Chagnon entend défendre ardemment. Arrêter un député sans porter d’accusation ou arrêter un mécanicien sans porter d’accusation semble pour l’UPAC du pareil au même. 

Évidemment, les élus ne sont pas au-dessus des lois. Et c’est justement parce qu’elle veut que personne ne soit au-dessus des lois que la population veut une unité anticorruption pleinement indépendante et sans lien avec un gouvernement. 

Or, la population n’est toujours pas convaincue que l’UPAC est pleinement indépendante et ce n’est pas en arrêtant un député libéral qui présidait la commission des Institutions, chargée d’étudier un projet de loi la visant, qu’elle inspire davantage confiance. 

Les citoyens attendent toujours qu’aboutisse l’opération Mâchurer, lancée en 2013 et qui cible notamment l’ancien premier ministre Jean Charest et l’ex-argentier libéral Marc Bibeau. Robert Lafrenière est convaincu qu’il va y avoir des accusations dans ce dossier. On attend impatiemment la suite.