Le pavillon Tabaret, à l'Université d'Ottawa

L’Université d’Ottawa sera toujours aux côtés de la communauté franco-ontarienne

OPINION / Il se dit et il s’écrit bien des choses autour du dossier de l’Université de l’Ontario français et des services en français dans la province. Certains commentaires ont également porté sur les universités bilingues en Ontario, dont l’Université d’Ottawa.

Dès le départ, nous nous sommes réjouis de la création de l’Université de l’Ontario Français. Nous avons collaboré étroitement avec ses instigateurs afin d’assurer son succès, agissant comme mentors lorsqu’on sollicitait nos conseils. Nous avons aussi travaillé avec elle afin de veiller à la dispensation de programmes en français particulièrement pertinents pour la communauté franco-ontarienne de la région de Toronto et du Centre-Sud. Il y avait et il y a manifestement toujours de la place en Ontario pour une université « par et pour ». Les Franco-Ontariens peuvent compter sur une Université d’Ottawa qui sera toujours présente pour en assurer l’émergence et le succès. Plus il y aura de collèges et d’universités francophones et bilingues au pays, mieux les intérêts des francophones seront servis.

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L’Université d’Ottawa constitue pour la communauté franco-ontarienne un formidable outil de développement et de rayonnement. Ses diplômés sont les professionnels (médecins, infirmières, physiothérapeutes, etc.) qui soignent leurs patients en français à l’hôpital Montfort; ce sont les juristes qui accompagnent dans leur langue les citoyens francophones dans le système judiciaire; ce sont les professionnels qui, partout en Ontario, enseignent à nos enfants et dirigent son système scolaire; ce sont nos comédiens, nos artistes, nos musiciens qui font vibrer notre culture; ce sont les fonctionnaires qui travaillent à ériger et à maintenir les politiques publiques de l’Ontario et du Canada.

Nous sommes déterminés à en faire davantage. Par exemple, l’Ontario a besoin d’ingénieurs, chimistes, mathématiciens francophones. Il y a plusieurs mois, nous avons justement proposé d’étendre notre offre de programmes, ce qui pourrait se faire rapidement. Au printemps dernier, l’Université d’Ottawa s’est alliée à l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et aux autres établissements postsecondaires francophones et bilingues pour réclamer une offre de cours élargie. Nous croyons fondamentalement dans cette mission dont l’importance transcende largement les intérêts institutionnels des uns et des autres. Où qu’elle soit, la minorité linguistique francophone ontarienne mérite l’accès à des formations de la plus haute qualité. Ses membres doivent pouvoir ainsi accéder à des métiers et emplois utiles à leur communauté; ils doivent aussi avoir l’occasion de participer à la nouvelle économie, aux arts et à la culture, ainsi qu’aux industries de haut savoir.

L’Université d’Ottawa est bilingue par la loi qui l’établit. C’est dire qu’elle doit offrir ses programmes tant en français qu’en anglais. Dans les faits, nous offrons environ 300 programmes de formation en français, principalement au premier cycle. Environ 13 000 étudiants francophones sont actuellement inscrits à notre université. La majorité vient de l’Ontario et, dans une moindre mesure, du Québec, du reste du Canada et de l’étranger.

La désignation partielle obtenue en vertu de la Loi sur les services en français en Ontario garantit aux étudiants inscrits dans un programme en français qu’ils pourront y suivre leur formation dans cette langue. Certes, nos étudiants francophones vivent sur un campus où la population étudiante est majoritairement anglophone, un ratio 1/3 - 2/3. Mais tous les services sur le campus sont rendus dans la langue choisie par l’étudiant. La majorité de nos employés, des membres de la haute direction et du Bureau des gouverneurs sont de fiers francophones. Chaque professeur permanent doit avoir une connaissance de base du français. J’en conviens, la réalité d’un campus bilingue est complexe et il y place à amélioration; nous y travaillons activement.

Classée parmi les 200 meilleures universités du monde, l’Université d’Ottawa est aussi un lieu où les recherches du plus haut calibre sont menées par des francophones et pour les francophones du monde. Nous avons cinq chaires de recherche sur la francophonie au sein desquelles nos experts réfléchissent et en analysent les différents aspects. Bien au-delà du Québec, l’Université d’Ottawa joue un rôle de premier plan au sein de la Francophonie canadienne, notamment en ce qui concerne la formation en matière de santé  et de droit. L’Université d’Ottawa est également un acteur de premier plan au sein de la Francophonie internationale. En bref, notre université constitue un indispensable levier d’épanouissement pour les communautés franco-ontarienne et franco-canadienne.

Le débat actuel est sain. Il mène à une conversation au sujet des droits des minorités en Ontario et ailleurs. Les droits sont par définition fragiles; il est important de maintenir les institutions qui les exemplifient. La lutte pour les droits des minorités exige des efforts constants et inlassables de chacun de ses membres. Aujourd’hui, la communauté de l’Université d’Ottawa continue de lutter pour les droits de la minorité francophone ontarienne et canadienne. Elle l’a fait depuis plus de 150 ans et le fera aussi longtemps qu’il le faudra.

L'auteur est Jacques Frémont, recteur et vice-chancelier de l'Université d’Ottawa.