Louis O'Neill

Louis O’Neill: quelqu’un qui fut un grand homme

Je l’ai peu connu. Est-il nécessaire d’avoir connu quelqu’un très bien pour reconnaître qu’il a eu de l’importance dans notre vie? Je ne crois pas.

Bien sûr, on pourra parler de son opposition au régime de Maurice Duplessis, premier ministre réactionnaire du Québec, mais je me souviens davantage de l’élection québécoise de 1973 où il avait fait une chaude lutte à Robert Bourassa, alors premier ministre du Québec, dans la circonscription de Mercier. Déjà, il était de ceux pour qui les astuces référendaires et autres compromis avec chemins tortueux empruntés par le Parti Québécois ne paraissaient pas judicieux.

Il fut élu en 1976. Quelque temps ministre de la Culture se désolant du sort fait à notre patrimoine, tentant de préserver l’héritage, mais l’oreille des ténors du PQ n’était pas tendue vers cela. Il a inauguré le premier Musée régional de Charlevoix en 1977. A été un ministre des Communications tonitruant dénonçant même le pouvoir étranger d’Ottawa au Québec. À cause de sa pensée trop ferme, il ne fut bientôt plus ministre.

Quand je l’ai connu en 1982, il venait à peine de sortir de la politique. Pas déçu, pas amer, il était revenu à sa fonction de professeur de théologie et il paraissait en être heureux. Je suivis avec passion son cours nommé Éthique sociale, où chacune de ses paroles n’était que sagesse, prudence, mais possédant aussi cette audace qui en faisait un véritable homme de gauche au sens le plus profond du mot. Mais dans la continuité, avec le désir de construire quelque chose, dans la patience et la douceur.

Je parlais quelquefois avec lui. Il m’avait dit alors, deux ans avant le «beau risque» de René Lévesque, que ce dernier appuierait le Parti Conservateur éventuellement. Je n’y croyais pas, à ce moment, mais comme il a eu raison…

Quant à lui, Louis O’Neill n’aurait jamais renié le projet indépendantiste. Il n’aurait jamais baissé le ton, cherché à se glisser dans les méandres de l’histoire pour y disparaître presque. Il n’aurait jamais dévié. D’autres qui disent qu’il n’était pas fait pour la politique ne pourrait certainement pas en dire autant. Pour moi, j’en retiens, sans nul doute avec Louis O’Neill, qu’il ne faut jamais cesser de combattre pour l’indépendance du Québec.

Je l’ai revu plus tard alors que je terminais mon mémoire de maîtrise en théologie et il avait bien apprécié que je me soucie des pauvres et des injustices sociales dans ce modeste travail. Voilà un sujet qu’on ne voit plus: la défense des plus démunis. Louis O’Neill était de cette génération où le combat en faveur des plus faibles était un devoir et une exigence morale. On ne pouvait que l’admirer là-dessus.

Je le revis en 2007 pour le Colloque Vincent-Harvey que j’ai organisé alors. Il était resté le même, joyeux, intense, pas triste, pas découragé, serein et ouvert comme il semble bien qu’il l’a été toujours. Et avec quelle joie il se rappelait de sa période à la revue indépendantiste Maintenant et comment il répétait qu’il voulait encore voir naître le pays québécois.

Que reste-il de tout cela? En fait bien peu et tellement plus. Juste le fait d’avoir côtoyé un temps quelqu’un qui était un grand homme, ce n’est pas rien. Et puis le goût du Québec, celui de l’engagement, de l’éthique, de la droiture, c’est énorme et que dire sinon merci à celui qui fut un grand de ce Québec toujours en devenir.

Serge Gauthier, Ph.D.
Président de la Société d’histoire de Charlevoix
Chercheur au Centre de recherche sur l’histoire et le patrimoine de Charlevoix
Directeur des Éditions Charlevoix