Louis-Edmond Hamelin

Louis-Edmond Hamelin: un grand maître nous a quittés

POINT DE VUE / Louis-Edmond Hamelin nous a quittés le 11 février dernier. Son départ a laissé un grand vide chez les géographes du Québec, jeunes et moins jeunes, à qui il a enseigné et avec qui il a partagé sa curiosité insatiable pour le pays. Plusieurs d’entre nous ont en effet eu la chance de l’avoir comme professeur, alors qu’il a touché à presque tous les domaines de la géographie, de la géographique physique à la géographie humaine, en passant par la façon dont elles se combinent et se modulent, alors qu’il se faisait l’artisan de ce qu’il nommait lui-même une «géographie totale». 

Le géographe Hamelin a été d’une très grande perspicacité. Il est un des premiers intellectuels canadiens à regarder vers le nord plutôt que vers le sud pour expliquer notre rapport particulier aux lieux et aux espaces. Il a aussi été un de ses rares interprètes à s’intéresser au rapport particulier qui s’est développé entre les Autochtones et le territoire, à leurs valeurs, à leurs rêves et à leurs ambitions en ce qui à trait à son usage. 

Il a usé de la plus grande ingéniosité pour nous en parler. Pensons à la méthodologie qu’il a développée pour caractériser l’espace nordique. Elle n’était certes pas  infaillible, je m’y suis frottée personnellement tout un été comme jeune étudiante, alors que j’ai assisté monsieur Hamelin dans le calcul des valeurs polaires de centaines de points sur la carte du Canada. Mais elle a eu le mérite de nous faire prendre pleine conscience de la nordicité canadienne et de nous aider à développer une grande fierté envers ce territoire qui était le nôtre. Pensons aux nombreux mots qu’il a inventés pour en décrire les paysages au rythme des saisons. Pensons à ses méthodes de classement, auxquelles il a initié plusieurs de ses étudiants, qu’il invitait généreusement dans son bureau de la rue Albert-Lozeau à Sillery. 

Louis-Edmond Hamelin a été ainsi un véritable mentor. Il a formé, ainsi que son épouse Colette, enseignante au palier collégial à qui je dois d’avoir poursuivi des études universitaires en géographie, plusieurs générations de géographes québécois, qui œuvrent pour les uns en milieu universitaire, pour les autres aux différents paliers de gouvernement ou encore dans le secteur bénévole. Il est resté en contact étroit avec plusieurs d’entre nous, prodiguant ses conseils sur les façons de mieux affronter les aléas d’une profession, la géographie, souvent mal aimée et pour en faire valoir les perspectives originales, dans les différentes questions sur lesquelles nous étions appelés à travailler. 

Il faudrait ajouter qu’il est parmi ceux qui ont fait le mieux connaître la discipline au sein de la société québécoise. Il s’est en effet imposé comme un de ses plus grands ambassadeurs, chaque fois qu’il était sollicité pour donner un éclairage sur les grands débats qui ont jalonné notre histoire récente quant au développement du Nord, quant aux formes de gouvernance à y inventer et quant aux façons les plus porteuses de cohabiter avec ses premiers occupants sur le territoire. Dans une période comme celle que l’on vit actuellement où rien ne semble avoir été vraiment réglé dans ce dossier, il manquera non seulement à ses proches, mais aussi à tous ceux et celles qui veulent faire du territoire du Québec un milieu de vie plus juste et plus durable.