Loi sur les soins de fin de vie: quatre ans déjà

En ce 5 juin 2018, c’est une invitation à souligner et surtout à répandre tout plein de gratitude aux personnes qui l’ont amenée au vote et qui l’ont honoré pendant ces quatre années.

Énorme et chaleureux merci à madame Véronique Hivon, vice-présidente de Commission sur la question de mourir dans la dignité; en plus, il y a tellement d’elle dans l’arrivée de cette Commission. Aussi c’est un plaisir de remercier le travail respectueux et courageux du premier président de la Commission, monsieur Geoffrey Kelley, ainsi que celui de la deuxième présidente Maryse Gaudreault. Il est tellement juste et bon de souligner l’énorme, le remarquable, le généreux et le fructueux travail des commissaires.

La Loi sur les soins de fin de vie fut votée à très grande majorité le 5 juin 2014. Les interventions exceptionnelles et même courageuses du ministre Gaétan Barrette, compte tenu du changement de gouvernement, ont été des plus cruciales pour que le projet de Loi 52 soit présenté au vote. Grand merci, DBarrette.

Il est tellement facile de dire haut et fort toute l’admiration méritée que nous portons aux six Corporations professionnelles concernées, tout spécialement à celles du Collège des médecins et du Barreau du Québec. Dix-huit mois de préparation intense, généreuse et fructueuse ont permis la mise en application de notre Loi sur les soins de fin de vie, à compter du 10 décembre 2016.

Comble d’événements. Ont suivi le jugement unanime de la Cour suprême du Canada du 6 février 2015/Arrêt Carter ainsi que la Loi fédérale sur l’Aide médicale à mourir, le 17 juin 2016. Il circule ceci : sans notre Loi sur les soins de fin de vie, point de jugement de la CSC, point de... Qui sait!

Par la suite, la Commission sur les soins de fin de vie a pris place et travail. Toute l’attention fut surtout portée sur la pratique de l’aide médicale à mourir, négligeant trop ses autres mandats. Le tir se corrigera, en laissant davantage cette surveillance des AMM au Collège des médecins du Québec et aux comités médicaux d’évaluation de l’acte des établissements. La bonne nouvelle : aucune plainte contre des médecins ayant intégré dans leurs soins de fin de vie l’AMM qui a été prodigué avec rigueur et avec professionnalisme en total respect des lois. Comment, en ce quatrième anniversaire, ne pas espérer une nouvelle présidence et des commissaires profondément pro-choix qui pourront remettre cette Commission sur ses rails! Rappelons que la première présidente a remis sa démission il y a quelques mois.

Puis, nous sommes entrés et nous entrons progressivement dans l’univers des soins de fin de vie : les soins de confort (palliatifs), l’acceptation ou le refus des soins / en partie ou en totalité, la sédation palliative continue (terminale) et l’aide médicale à mourir. S’installent lentement et sûrement le libre-choix et la primauté du seul intérêt de la personne en fin de vie. Nous découvrons que la dignité passe énormément par ces deux concepts porteurs de respect ultime, de compassion, de solidarité et de sérénité.

Il nous est si agréable et tellement juste de nous émerveiller devant l’audace et la générosité des médecins et des autres professionnels concernés qui ont intégré l’AMM dans leur pratique de soins palliatifs; ils honorent notre compassion. Il faut souligner aussi, face à la Loi fédérale sur l’AMM, cette affirmation unanime et solidaire du MSSS et des six corporations professionnelles : lors d’une AMM, le médecin est et sera là avant-pendant-après; c’est un non massif au suicide médicalement assisté permis par la Loi C-14.

Ces quatre années ont eu des impacts nombreux et positifs sur nos pratiques professionnelles et sur notre société. Notre Loi aura bien sûr à se mettre à jour, en temps opportun, après tout ce qui est arrivé après son adoption. Bientôt, a-politiquement, avec compassion et avec solidarité, nous saurons relever ce défi des plus nobles. Il est tellement à espérer que le gouvernement Trudeau demande au plus tôt l’avis de la Cour suprême du Canada sur la Loi C-14 sur l’aide médicale à mourir. Par compassion d’abord. Ensuite, pour une clarté juridique maximale favorisant une pratique clinique de sécurité et de  érénité.

Entre temps, en ce quatrième anniversaire, je rêve de ceci. La création de la Politique québécoise sur les soins de fin de vie, d’un Institut sur les soins de fin de vie et d’une Association québécoise sur les soins de fin de vie. Rien de moins! Il y aura enfin une belle surprise : de plus en plus de personnes en fin de vie et à la fin de leur vie feront de leur fin une œuvre de création. Pour du mieux et pour du meilleur.

Yvon Bureau, Québec