Loi sur la laïcité: pas assez loin

POINT DE VUE / Les débats des chefs sont venus nous rappeler que la Loi 21 constitue décidément «l’enjeu qui ne veut pas mourir». Et pour cause. Ceux qui, comme moi, avaient des attentes élevées envers ce projet de «Loi sur la laïcité de l’État» sont probablement déçus de se retrouver au bout du compte avec une «Loi sur les foulards» !

Contrairement à ce que semblent penser les anglophones, maîtres de la pureté absolue, cette loi n’a rien d’outrageux : elle fait exactement ce qu’ont fait certains pays européens non anglo-saxons, comme la France ou le Danemark. Ce qui constitue une déception, c’est le fait qu’elle soit essentiellement inutile.

En fait, ce dont nous aurions réellement besoin, ce n’est pas d’une pseudo-loi sur la laïcité de l’État, mais plutôt d’une loi beaucoup plus globale sur l’encadrement des pratiques religieuses. Une loi qui énoncerait des objectifs précis conformes à la charte des droits et qui fournirait les outils administratifs et légaux nécessaires pour les atteindre. Parmi les objectifs concrets faisant partie d’un telle loi, on pourrait retrouver : 

1) Délimiter la place des pratiques religieuses en milieu de travail 

2) Protéger les mineurs contre l’endoctrinement religieux en milieu scolaire 

3) Protéger les mineurs contre l’enseignement de principes qui contribuent à en faire des citoyens dysfonctionnels, comme «la terre est plate» ou «les femmes sont des personnes inférieures» 4) Protéger les croyants contre les pratiques qui mettent en danger leur vie ou leur sécurité, comme les empêcher de recevoir les soins de santé dont ils ont besoin ou promouvoir l’usage de drogues 

5) Écarter les appels à la «morale» qui viseraient à limiter les droits de personnes qui ne contreviennent à aucune loi ni règlement 

6) Sanctionner les décideurs de l’État qui évoqueraient des préceptes religieux pour justifier des décisions prises dans les affaires de l’État 

7) Assurer la prédominance du droit en rendant partout illégal le remplacement de l’application de textes de lois par celle de textes religieux (souvenez-vous de l’Ontario et de la charia en 2004).

L’interdiction de porter des signes religieux ostentatoires ne contribuera en rien — ou très peu — à l’atteinte de tels objectifs. C’est l’équivalent d’interdire la nourriture casher ou halal dans les supermarchés. Le catholique de souche y trouvera la satisfaction de marquer son territoire mais, en termes de résultats concrets, nous sommes devant une vacuité quasi totale.