Selon les auteurs de cette lettre d’opinion, la Ville de Québec doit faire de la lutte aux logements insalubres une priorité et se tenir debout face aux propriétaires délinquants qui exploitent la misère du monde.

Logements insalubres: se scandaliser est insuffisant

Au fil des ans, monsieur Labeaume a multiplié les formules-chocs afin de dénoncer les propriétaires de logements insalubres: «voyous de l’immobilier», «propriétaires véreux qui profitent de la pauvreté des gens», «propriétaires délinquants». Il a vivement dénoncé le fait qu’«il y a des gens à Québec qui sont exploités littéralement et qui vivent dans des logements tout à fait malsains». Il a dit «en avoir assez des taudis toujours en location». Lundi dernier, lors de la séance du conseil municipal, il a rajouté qu’«il n’y a pas plus scandalisé que le maire de Québec du comportement de certains propriétaires». Des propos que ne renierait aucune personne qui milite à la défense des droits sociaux!

Hélas, force est de constater que les bottines ne suivent pas les babines. L’indignation bien sentie du maire contraste avec le manque flagrant de vigueur de la Ville de Québec dans l’application de ses règlements liés à la salubrité des bâtiments.

L’exemple exposé par des locataires de Vanier lors de la dernière séance du conseil est éloquent. Depuis des années, ces locataires sont confrontés à des problématiques d’insalubrité. Leurs propriétaires ne se conforment pas aux réglementations. La Ville est bien au fait de la situation. Alors, comment peut-on expliquer que cela perdure depuis aussi longtemps? Comment peut-on laisser des locataires être exploités ainsi par des voyous de l’immobilier?

La Ville de Québec affirme ne pas avoir les pouvoirs nécessaires lui permettant d’intervenir. Rien de bien original, elle répète la même chose depuis des années dès qu’un cas d’abus est exposé publiquement. Pourtant, depuis 2016, elle dispose d’outils supplémentaires importants.

Avec l’adoption en décembre 2016 de la Loi accordant le statut de capitale nationale à la Ville de Québec, la Ville s’est vu attribuer de nouveaux pouvoirs. Dans les notes explicatives, on indique que «la loi accorde à la ville des pouvoirs lui permettant d’assurer l’entretien adéquat du parc immobilier». Par exemple, dans les cas d’immeubles qui portent atteinte à la santé et à la sécurité, le comité exécutif peut dorénavant faire inscrire au registre foncier un avis de détérioration lorsque le propriétaire ne se conforme pas aux exigences. 60 jours plus tard, si les problématiques perdurent, la ville peut même acquérir l’immeuble par expropriation.

De plus, la loi a facilité la possibilité d’intervention rapide et concrète de la part de la Ville. Dorénavant, elle peut, sur simple résolution, exécuter des travaux aux frais du propriétaire si ce dernier contrevient à une loi ou un règlement. Ces frais constituent une créance prioritaire et sont garantis par une hypothèque légale sur l’immeuble. Ainsi, sans trop de risque financier, la ville pourrait contribuer à enrayer les problèmes d’insalubrité sur son territoire.

Être scandalisé alors qu’on laisse des outils rouiller dans le coffre est incohérent. La Ville de Québec doit assumer ses responsabilités. Elle doit faire de la lutte aux logements insalubres une priorité. Elle doit se tenir debout face aux propriétaires délinquants qui exploitent la misère du monde. Sur l’ensemble de son territoire, elle ne doit plus laisser tomber aucun locataire.

Jonathan Carmichael, organisateur communautaire au Bureau d’animation et information logement

François Labbé, directeur-général à la Ruche Vanier

Gabrielle Doucet-Simard, agente de recherche et de mobilisation, La Ruche Vanier

Lyz’Andr Shaw-Cloutier, intervenante Famille, La Ruche Vanier, local Communautaire Claude-Martin

Éric Bernard, intervenant de proximité,  La Ruche Vanier, local Communautaire Claude-Martin