Le fameux «Vive le Québec libre», prononcé par le Général de Gaulle, élève d’un cran l’atmosphère déjà enfiévrée qui, dans les années 60, portait la France et le Québec vers le changement et la redécouverte.

L’Office franco-québécois pour la jeunesse, 50 ans et 150 000 vies plus tard

Le 24 juillet 1967, le Général de Gaulle et le premier ministre Daniel Johnson remontent le Chemin du Roy. Une foule enthousiaste qui compte un grand nombre de jeunes les acclame. Le Général de Gaulle, qui souhaite «rebâtir les ponts entre le Québec et la France», est ému par tant d’enthousiasme et propose alors à son homologue québécois de créer un organisme qui faciliterait un rapprochement entre les jeunes des deux communautés. Ce dernier se montre immédiatement intéressé.

Le fameux «Vive le Québec libre», prononcé par le Général au terme de cette journée mémorable, élève d’un cran l’atmosphère déjà enfiévrée qui, dans les années 60, portait la France et le Québec vers le changement et la redécouverte. C’est dans ce contexte que, le 9 février 1968, seulement six mois après l’échange sur le Chemin du Roy, un protocole créant l’OFQJ est signé à Paris par le ministre François Missoffe pour la France et le ministre Jean-Marie Morin pour le Québec. Le Québec, faisant fi de l’usage, ne demande pas la permission du gouvernement fédéral en vertu de ce qui est reconnue comme la doctrine Gérin-Lajoie, «le prolongement externe des compétences internes du Québec».

Cinquante ans plus tard, ce sont quelque 150 000 jeunes qui ont traversé l’Atlantique pour apprendre les uns des autres. 

Au départ, la section québécoise de l’Office considère que son rôle premier est de permettre aux jeunes leaders de s’ouvrir sur le monde. L’OFQJ veut s’affirmer comme instrument d’affirmation de la spécificité et de l’originalité du Québec. 

Dès l’été 1968, les premiers échanges débutent par des voyages de groupes. En 1968, Marie-Paule quitte la France avec quatre autres moniteurs pour intégrer l’équipe d’animation d’une colonie de vacances du Québec. Cette expérience aura finalement changé le cours de sa vie : elle n’est plus jamais repartie! «J’ai eu beaucoup de chance! J’ai découvert une approche pédagogique qui a été une révélation pour moi : une franchise toute simple entre enfants et animateurs, des relations directes sans aucune agressivité… Le stage que j’ai effectué m’a donné la passion du Québec et m’a permis de connaître l’homme qui allait devenir mon mari.»

Aujourd’hui, l’OFQJ est reconnu comme l’un des fleurons de la coopération franco-québécoise. Il a contribué à tisser des liens solides entre les deux communautés. Nos cousins ne sont plus des étrangers et ma cabane au Canada a disparu. L’OFQJ a atteint les objectifs implicitement fixés en 1968. Au fil des ans, il s’est collé aux aspirations et à la personnalité de la jeunesse, adaptant régulièrement ses approches et la nature de ses programmes. 

Jean-Paul L’Allier, premier Secrétaire général de l’OFQJ puis ministre co-président de l’organisme de 1970 à 1976, disait que cela faisait partie de la mission de l’Office d’être «à l’avant-garde de ce qui se faisait dans les sociétés française et québécoise. De façon apolitique, on faisait cause commune avec tout ce qui bougeait». 

Les stages d’immersion professionnelle prennent leur envol en 1980. On valorise l’insertion sociale et professionnelle tout en privilégiant les jeunes travailleurs. Plus tard, en 1984, l’OFQJ réalisera un de ses projets phare : 600 jeunes montent à bord du Mermoz et traversent l’Atlantique en bateau. Quelle façon originale d’apprendre ensemble. Ils ont travaillé, étudié, créé, contesté, festoyé, fait et défait le monde à plusieurs reprises. Les voyages forment la jeunesse, dit le vieil adage. Celui du Mermoz aura été particulièrement réussi à cet égard. 

Puis l’OFQJ porte une attention spéciale à la sensibilisation aux valeurs entrepreneuriales. Incontestablement, on peut dire que c’est grâce à ce sens de l’ouverture que l’OFQJ a su louvoyer entre les écueils idéologiques qui ont détruit tant d’organismes. Il a su demeurer jeune mais mature. C’est probablement là que se trouve son véritable succès.

Combien d’anciens participants et employés de l’OFQJ contribuent aujourd’hui au développement du Québec ou de la France dans les domaines politique, culturel, administratif, institutionnel, financier, économique et entrepreneurial? Combien se sont illustrés sur le plan international? 

Il serait trop long de souligner la contribution exceptionnelle de toutes ces personnes dans les institutions et les entreprises dans lesquels elles se sont s’engagées. Plusieurs furent des leaders et transformèrent leur milieu. Ils ont su faire la différence. 

J’ose croire que l’OFQJ y est pour quelque chose. 

L‘Office franco-québécois pour la jeunesse célèbre en 2018 son 50e anniversaire. Il compte profiter de cette année de festivités pour rendre hommage à ceux et celles qui ont façonné son histoire. Je pense particulièrement aux femmes et aux hommes qui occupèrent au fil des ans les postes de : chargés de projets, conseillers de séjours, animateurs, assistants de secrétariat, directeurs, secrétaires généraux et membres du Conseil d’administration. Vous êtes les bâtisseurs de cette institution. 

Elle vous invite à vous manifester à : batisseurs@ofqj.org  

Jean-Guy Saint-Martin, Secrétaire général de l’OFQJ de 1970 à 1975