La baie de Beauport

L’oasis selon Gestev

POINT DE VUE / Accablés d’inquiétude — vous pensez à vos données vendues par Desjardins, aux changements climatiques, à Trump, à l’enrichissement d’uranium et à l’apocalypse—, vous méritez de vraies vacances hors de cette société de fous. Rassurez-vous : Gestev vous a ménagé à la baie de Beauport un lieu idyllique pour vous reposer du bruit du monde.

Les grandes palissades que la firme de Québecor a érigées depuis peu autour de la plage vous protégeront des malfrats. Tendez deux petits dollars de rien du tout et on vous ouvrira le portail; vous achèterez ainsi une tranquillité vous élevant au-dessus des dangereux au budget trop serré pour s’offrir une bronzette au bord du Saint-Laurent. Irritant, n’est-ce pas, que tant de lieux publics comme les plaines d’Abraham ou le parc Victoria soient accessibles librement à toutes sortes de monde. Gestev a remédié à ce problème en gérant comme un espace privé — avec tout le confort que cela implique, à la plage comme au Walmart, musique dans le tapis et ambiance mercantile garantie — un lieu public dont la Ville de Québec a d’abord délégué la gestion au Port de Québec, qui l’a lui-même déléguée à Gestev.

À la baie de Beauport, vous ne serez pas embêtés par ces inconscients qui achètent leur alcool à bas prix dans les épiceries, empêchant l’économie de rouler sur les plages, puisque seules les consommations achetées sur place à gros prix seront tolérées. Vous serez même fouillés à l’entrée afin d’empêcher toute bièrette de prolétaire de pénétrer les lieux.

Plage ou prison? Il est vrai que parfois la langue fourche, notamment à la vue des barbelés qui prolongent les palissades, gardant la plage des agresseurs les plus déterminés prêts à tout pour escroquer les honnêtes baigneurs.

En sécurité derrière ces barrières de bois debout et d’argent sonnant, vous pourrez vous prélasser sur votre serviette, vous faire marcher sur les pieds parmi vos semblables qui boivent de la bière chère payée par milliers, et profiter de cette vue sur l’île d’Orléans que l’on pouvait encore contempler gratuitement il y a quelques années — mais à quels périls, me direz-vous avec raison.