Il ne faudrait pas oublier que la problématique de l’isolement des aînés est antérieure à la crise et qu’elle doit être replacée dans un cadre plus grand.
Il ne faudrait pas oublier que la problématique de l’isolement des aînés est antérieure à la crise et qu’elle doit être replacée dans un cadre plus grand.

L’isolement, un mode de vie pour les personnes âgées

POINT DE VUE / À la suite de l’avènement de la COVID-19, il est beaucoup question de l’isolement des aînés qui sont confinés dans des maisons de retraite ou à la maison. Cependant, il ne faudrait pas oublier que cette problématique est antérieure à la crise et qu’elle doit être replacée dans un cadre plus grand.

En effet, les aînés se sentent exclus et marginalisés dans cette société dite de consommation dont les règles sont aux antipodes de leurs valeurs profondes. L’approche matérialiste axée sur une consommation effrénée encourage également les familles à se déresponsabiliser de leurs obligations envers leurs proches. On constate de plus en plus que la vieillesse est un musée de moins en moins visité par les générations plus jeunes.

Ainsi, la société de consommation basée sur une vision éphémère et sa propension à l’instantanéité, alimente l’idée que la jeunesse est perpétuelle. Cette vision tronquée de la réalité contribue à faire oublier ceux et celles qui ont bâti le Québec moderne grâce à leur travail et leur participation au financement des infrastructures dont nous profitons collectivement aujourd’hui. Le maintenant se souciant peu de l’après, les gens du troisième âge qui ne sont plus des producteurs directs et participants à la richesse collective, deviennent alors des figurants silencieux dans un monde mercantile qui s’intéresse plus à leurs avoirs qu’à leur être. D’ailleurs, n’est-il pas paradoxal que c’est au moment de leur mort que l’on parle le plus de la vie des disparus? N’est-ce pas là une preuve que leur vie était déjà tombée dans l’oubli avant leur départ?

Il en va de même dans le délestage des aînés par certaines familles qui poussent leurs parents vers des centres pour personnes âgées. Sous-traitant leurs responsabilités à l’État ou aux entreprises privées, les proches n’hésitent pas à les placer et parfois à les oublier. Il faut dire cependant que ce sont souvent les aînés qui décident de leur passage vers ces maisons de retraite, sous prétexte de ne pas devenir une charge pour leurs enfants, comme si ces derniers n’avaient jamais constitué une charge émotive et financière pour leurs parents. D’après des statistiques, le pourcentage des aînés québécois vivant dans ces centres est trois fois plus élevé que la moyenne canadienne. Malheureusement, on constate également que seulement 10 % des familles visitent leurs parents dans les CHSLD ou autres institutions sur une base régulière. 

D’où l’importance d’une présence chaleureuse des préposées, des aides-infirmières et de tout le personnel infirmier ainsi que des médecins. Nous savons tous que vous avez maintenu le système à bout de bras et de cœur, mettant à risque votre propre santé. Le Québec n’oubliera pas et sa devise «Je me souviens» vous accompagnera désormais. 

Il ne faut pas généraliser la solitude vécue par nos aînés, mais il ne faut pas la nier non plus. La crise du coronavirus est venue amplifier ce phénomène d’isolement de nos aînés déjà confinés dans des lieux où parfois leur intégrité physique et psychologique pouvait être mise en péril. À cet égard, le silence des autorités qui connaissaient cette situation dégradante est condamnable et devrait leur être imputable.