En tant que signataire de l’accord de Paris, Justin Trudeau devrait normalement se résigner à laisser les sables bitumineux dans le sol, et ainsi contribuer à la lutte contre les changements climatiques, en se rappelant qu’il n’y a pas de plan B pour sauver la planète Terre, estime l'auteur.

L’insoluble dilemme de Justin Trudeau

Justin Trudeau est pris dans un dilemme quasi insoluble : continuer à développer le pétrole de l’Alberta, le plus polluant au monde, ou soutenir les objectifs de la COP21 de Paris comme il s’est engagé à le faire le 22 avril 2016.

En tant que signataire de l’accord, il devrait normalement se résigner à laisser les sables bitumineux dans le sol, et ainsi contribuer à la lutte contre les changements climatiques, en se rappelant qu’il n’y a pas de plan B pour sauver la planète Terre.

Or, il a déclaré qu’il est «prêt à tout faire pour sauver le pipeline Trans Mountain».

Quels sont les arguments qui ont le plus de poids pour le chef de l’État, puisque c’est lui qui doit prendre la décision, en présence d’intérêts contradictoires? Canada first ou Alberta first? L’intérêt national ou l’intérêt de la communauté mondiale? L’intérêt des entreprises? des banques? des multinationales? ou l’intérêt de la population canadienne dans son ensemble, (et pas seulement de la «classe moyenne» dont il n’a cesse de nous rebattre les oreilles)? L’intérêt du Parti libéral du Canada (PLC) ou le respect des peuples autochtones?

Le plus facile serait certes de ne pas prendre de décision, puisqu’aucune n’est entièrement satisfaisante. Il pourrait créer une commission d’enquête publique, ou encore un comité de travail, comme chaque fois qu’un gouvernement ne sait pas trop quoi faire et ne veut pas perdre la face. Consulter le population pourrait être une autre solution, mais ce n’est pas sans risquer de fragiliser les relations inter-provinciales et la sacrosainte unité canadienne.

M. Trudeau pourrait être tenté par une autre alternative, certes beaucoup moins glorieuse : négocier en secret une aide financière américaine pour la construction d’un nouveau pipeline qui passerait par les États-Unis et oublier carrément la transition vers les nouvelles énergies.

Et pourquoi ne laisserait-il pas le manque d’acceptabilité sociale tuer le projet comme il a tué celui d’Énergie Est, qui menaçait la santé du fleuve Saint-Laurent, des lacs et des rivières du Québec? D’ailleurs, après avoir été considéré comme absolument indispensable, le projet Énergie Est s’est finalement avéré inutile.

Il peut encore résolument décider de changer de paradigme en ouvrant toute grande la porte aux énergies alternatives, l’éolien, le solaire, le photovoltaïque, l’électricité.

Beaucoup plus novatrice serait l’idée de faire de la province de l’Alberta le paradis des énergies renouvelables pour le XXIe siècle, en réorientant les millions destinés à la construction de l’oléoduc pour cet audacieux projet. Il pourrait ainsi résoudre la discorde qui oppose la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, au premier ministre de la Colombie-Britannique John Horgan.

Justin Trudeau pourrait alors se vanter aux yeux du monde d’avoir oeuvré à la sauvegarde de la planète en respectant des engagements bénéfiques pour tous, et ainsi augmenter considérablement sa crédibilité … et sa collection de selfies.

Jean-Louis Bourque, Québec