L’indépendance est-elle devenue taboue?

La Révolte des Patriotes des années 1837-1838 avait causé grand bruit chez une bonne part de notre population canadienne (dite, aujourd’hui, québécoise). Le désir de la séparation d’avec la métropole — Londres — dut être à la mesure de celui de la fin de notre XXe siècle.

Il fallut attendre quelque 120 ans avant de voir resurgir le désir de réexprimer l’émancipation de notre peuple devenu le peuple québécois. Les D’Allemagne, Bourgault, etc. et puis le tandem Lévesque-Parizeau. En cette période, un vent d’expression de soi-même, de confiance en soi, etc. amena tout notre peuple à vouloir devenir réellement maître chez soi, peuple libre, peuple voulant prendre sa place dans le concert des nations, etc.

Puis vinrent les deux référendums perdus. Celui de 1995, où les conditions gagnantes étaient on ne peut plus présentes, malgré l’hypocrisie des Chrétien et cie. Nous avions acquis une confiance en soi de plus en plus apparente. Je me souviens des publicités où Roland Chenail faisait la promotion de Chrysler (prononcé en français… faites l’exercice, c’est bon pour les maxillaires); et la publicité de la Carte maîtresse d’Yvon Dufour.

Nous avions les conditions gagnantes, mais nous les avons presque anéanties. Depuis 1995, nous avons vu ces conditions gagnantes perdre progressivement leur valeur. Loin est retournée la Carte maîtresse d’Yvon Dufour! Enfin, nous avons repris le chemin d’avant les années 60. J’aurais pu tomber dans une profonde dépression si je ne m’étais rappelé cette phrase d’Arthur Koestler dans son Cheval dans la locomotive : «La civilisation recule pour mieux sauter.» Et je me suis dit : Eh bien! nous devrions aller très loin… avec l’élan que nous avons pris.

Mais je croyais que l’élan était déjà complet. Et voici que je me rends compte de ce que je n’avais pas vu venir : les mots indépendance et référendum sont devenus tabous. Nous ne devons plus les prononcer. Je n’en dirai pas plus : je vous recommande seulement de réviser vos connaissances du tabou, chez Freud, par exemple. Je peux vous recommander cet exercice, vous êtes indépendantistes tout de même.

La plus belle démonstration que ce mot est un tabou est la réaction qu’il provoque : violente, sans discussion et sans appel!

Je ne sais pas quand reviendront les «conditions gagnantes» pour l’atteinte d’un État-nation profond, sincère et d’une très grande confiance en soi. Malgré mon espérance de vie de quelque 25 ans encore, je ne crois pas que je revivrai un si beau moment affectivo-intellectuel que celui de la seconde moitié du XXe siècle québécois!

Claude Doré, Québec