L’héritage de mon oncle Gilbert, le trappeur

La semaine dernière, mon vieil oncle, Gilbert Savard, 90 ans, trappeur solitaire de la Côte-Nord, est décédé, au terme d’une vie fruste, attentive aux bruissements de la forêt. Mais la vie de Gilbert était aussi attentive et inquiète, malgré le peu d’instruction scolaire (mais quel savoir autodidacte!), aux bruissements de la forêt politique de sa patrie.

Qui (quel parti politique) admet, reconnaît, respecte cet héritage des porteurs d’un Québec métissé, coureur des bois, peu lettré mais gardien d’un savoir précieux distillé à l’oral (fait de terrain, de lectures éparses, de documentaires télé écoutés pour l’information, non pour le spectacle)? On promeut les avantages des GPS, de Facebook ou d’Internet en général comme source d’information : hors de ces moyens fabuleux de communication, point de salut. Il paraît bien désuet ce savoir enraciné dans le terroir québécois (les régions…) des petites gens qui bâtissent vaillamment, patiemment notre société dans ce qu’elle a de plus concret.

Faut-il sacrifier nos ancêtres, nos racines, notre identité collective pour faire partie d’une actualité aveuglée par l’économie, qui carbure à la technologie? Pourtant, la vie pleine de quotidien forestier et communautaire de Gilbert a souvent nourri d’histoires et de chouenne ma vie citadine immunisée contre l’herbe à poux.

Y a-t-il quelqu’un(e), dans l’arène politique, où tout se joue à coups de sondages, qui saurait porter ce discours non dit, mais vécu, de Québécois courageux, persévérants, curieux, ouverts, festifs, qui auraient besoin qu’on reconnaisse qu’ils forment les assises (pas économiques… mais identitaires) de notre société?

Il me semble que les trails de collets de mon vieux Gilbert se changent aujourd’hui en trails que les collets montés se fabriquent pour se faufiler vers un pouvoir corrompu, peu importe le parti. On pense savoir comment faire rouler l’économie… mais on ne sait plus comment faire rouler un quatre-roues.

Salut, mon oncle Gilbert, farouche incarnation de la liberté!

Isabelle L’Italien-Savard, Québec