Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé
Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé

Les travailleuses en santé provenant d’agences privées, un mal nécessaire…vraiment?

Lettre au président Conseil du Trésor, Christian Dubé,

Lors du point de presse sur l’évolution de la COVID 19 du 7 mai dernier, un journaliste vous a demandé si les employées des agences de placement en santé oeuvrant actuellement dans le Réseau auraient droit aux primes offertes par votre gouvernement. Or, vous avez répondu instamment que celles-ci n’y auraient pas droit et que les agences qui les emploient constituaient, et je vous cite, «un mal nécessaire».

En fait, à deux reprises au cours de votre intervention vous avez qualifié les agences privées, comme celle dont je suis fondatrice et propriétaire, de «mal nécessaire».

Nul besoin de vous dire ma surprise qu’un homme occupant votre position puisse publiquement traiter ainsi toute une industrie de paria et priver ses employées des privilèges que vous accordez pourtant à celles qu’elles côtoient à tous les jours dans les centres de soins. Comme si vous vouliez imposer une punition à cette industrie. Ou sa disparition. Les agences privées ne sont pourtant pas un paria du Réseau de la santé, mais un partenaire du Réseau de la santé. Car ne vous y trompez pas monsieur le ministre, c’est ce que nous sommes un partenaire lorsque :

  • Les hôpitaux nous appellent en dernier recours quand leurs listes de rappel sont épuisées et que leurs ressources le sont tout autant en raison d’un système qui abuse du temps supplémentaire obligatoire.
  • Un gestionnaire communique avec nous parce qu’il craint devoir fermer des salles d’opérations faute de personnel à la veille de Noël.
  • On constate que plus de 35% de vos effectifs sont en congé de maladie et que les autres poussent les grands cris faute de repos.

Alors là oui, on apprécie notre aide! On nous apprécie.

Mais dites-moi, Monsieur le ministre, comment croyez-vous que les milliers de personnes provenant des agences et qui travaillent actuellement dans les zones chaudes se sont senties lorsqu’elles vous ont entendu dire qu’elles étaient un « mal nécessaire »? Comment croyez-vous que leurs collègues de travail les ont considérées à cet instant? Je vous rappelle que vous parlez ici de gens bien formés qui ont simplement fait le choix de ne pas devenir des employés de l’État.

Considérez-vous également les comptables, ingénieurs, avocats, enseignants, qui font le choix de travailler dans le privé comme un « mal nécessaire » ou ce terme est uniquement réservé au personnel de la santé en raison des multiples pressions syndicales dont vous faites sans doute l’objet? Le Québec est-il devenu un État unitaire ou seuls les ardents défenseurs d’une fonction publique centralisée sont valorisés et apparaissent vertueux? De par vos propos vous découragez le développement d’une économie diversifiée. Vous découragez aussi l’entrepreneuriat, car voyez-vous, les propriétaires d’Agences de placement sont aussi des entrepreneurs!

Monsieur le ministre, les Agences de placement qui travaillent de concert avec les institutions publiques ont soumissionné en bonne et due forme pour devenir un partenaire du réseau. Elles ont également acquitté depuis janvier dernier les frais d’un permis de la CNESST et se sont pliées aux règles qui les encadrent. Nos employés, gestionnaires et travailleurs de première ligne sont des personnes extraordinaires qui se dévouent au quotidien au bénéfice de notre société. Des Québécoises et Québécois compétents, fiers et qui méritent le respect. Oui, le respect, surtout de la part de leurs gouvernants. Ceux qui sont censés donner l’exemple.

Comme moi, elles ont été blessées par votre profond manque de respect et d’empathie.

Vous avez dit monsieur le ministre, que notre « mal nécessaire » existait depuis longtemps. Or, s’il existe depuis longtemps, c’est qu’il comble un vide au sein de votre appareil. Cet appareil que vous semblez glorifier.

Je vous invite donc à vous questionner sur ce vide qui a conduit à la création de notre industrie plutôt qu’à dénigrer des gens qui sont là pour aider et pour atténuer les défaillances d’un monstre bureaucratique. Ce questionnement vous permettra peut-être de constater que le mal nécessaire ne se situe pas là où vous vous êtes empressé de le situer.