Maquette du futur Port de Québec
Maquette du futur Port de Québec

Les trains de Laurentia

POINT DE VUE / Les valeurs numériques énoncées dans les communications publiques du Port de Québec doivent toujours être vérifiées. Par exemple, suite à l’annonce en conférence de presse de la version finale du projet Laurentia le 15 novembre dernier, Le Soleil affirmait que l’exploitation de ce terminal à conteneurs engendrerait «le passage d’un train de 90 wagons six jours sur sept». Sortons nos calculettes.

Le Port prétend que 700 000 conteneurs (EVP ou équivalent vingt pieds) transiteraient par Laurentia chaque année et que 90% des conteneurs (630 000 EVP par année) arriveraient ou partiraient par train. Chaque wagon pouvant transporter quatre EVP, cela fait 360 EVP par convoi de 90 wagons.

Six jours sur sept, c’est 313 jours par année. Ainsi, ce convoi quotidien de 90 wagons opérant six jours sur sept ne pourrait transporter que 112 680 EVP par année (= 360 x 313). On est loin de 630 000 EVP par année; en moyenne, il faudrait plutôt 5,6 passages de convois de 90 wagons, chaque jour, pour atteindre cette cible. Un convoi de 90 wagons mesure 1,83 km, ce qui correspond grosso modo à la longueur pouvant être assemblée sur le site de Laurentia. Pour se rendre sur la rive sud à partir du port, ces convois devraient évidemment traverser la ville et ses quartiers résidentiels.

Les exemples de dorage de pilule émanant du Port sont tellement nombreux que cette façon de faire n’étonne plus personne. La dorure sert ici à susciter l’acceptabilité sociale d’un anachronique projet de remblaiement du fleuve sur l’équivalent de 21 terrains de football à côté du site panoramique de la plage de Beauport. Ces nouveaux terrains serviraient à une entreprise chinoise de transbordement de conteneurs. Comble de l’absurde, le Port de Montréal tente lui aussi de s’agrandir, à Contrecœur, pour pouvoir transborder 1 150 000 EVP par année. Les ports fédéraux se font concurrence entre eux! N’est-il pas grand temps qu’Ottawa tue cette idée fixe d’une poignée de non-élus de Québec qui veut empiéter sur le fleuve comme s’il lui appartenait?