René Lévesque observant un barrage hydro-électrique en 1962.

Les rêves de François Legault

BILLET / Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, souhaite pour le Québec du XXIe siècle la relance des projets de grands barrages. Cette stratégie témoigne une fois de plus de son retard sur l'évolution de la société québécoise.
M. Legault semble ignorer qu'il reste de moins en moins de bonnes rivières à harnacher au Québec, dans un rayon qui garde les coûts de production d'électricité à des seuils raisonnables. Même si le Québec jouit d'une expertise supérieure à celle de nos voisins terre-neuviens, empêtrés dans les dépassements de coût du projet de Muskrat Falls, au Labrador, il est loin d'être acquis que d'autres grands barrages, même en territoire québécois, généreront des mégawatts rentables d'électricité pour l'exportation, le but recherché par le chef de la CAQ en lançant cette stratégie.
M. Legault semble oublier qu'en Amérique du Nord, alors que le Québec met en veilleuse la croissance de la production d'électricité de source éolienne, cette forme d'énergie est en pleine explosion. Le déploiement d'un parc éolien peut se faire en quatre ans, entre la mesure du vent et le début de production. C'est de deux à trois fois moins long que les étapes menant à la livraison d'un grand barrage.
Lors de la dernière campagne électorale, François Legault a pourfendu tout développement éolien avec une telle vigueur, et beaucoup d'ignorance, qu'il lui est probablement impossible maintenant de considérer cette forme d'énergie comme valable. Le coût du kilowatt éolien, autour de 6,3 cents lors du dernier appel d'offres, est d'ailleurs moins cher que le coût du kilowatt hydroélectrique venant du dernier grand barrage bâti pour Hydro-Québec, celui de La Romaine. En fait, Hydro-Québec réussit à baisser le coût du kilowatt de ce barrage en l'amortissant sur une période plus longue, ce que ne peuvent faire les propriétaires privés de parcs éoliens, qui n'ont que 20 ans pour rembourser leur investissement et faire des profits.
M. Legault ne semble pas plus conscient que les valeurs environnementales changent. Une partie grandissante de la population est réticente à voir une multiplication des cicatrices que laissent de grands barrages dans le paysage. Ce ne sont pas que des cicatrices physiques. Les barrages inondent des territoires, changent le climat de certains écosystèmes, augmentent les risques de contamination au mercure et bouleversent la dynamique faunique de ces écosystèmes.
En proposant une «Baie James du XXIe siècle», François Legault tente probablement de marquer un grand coup alliant un «développement» qui générerait des retombées économiques dans les villes et dans les régions rurales, le Nord québécois faisant partie de ces dernières. 
Depuis la fondation de la CAQ, les idées de François Legault quant au développement de ces régions rurales ont fait cruellement défaut. Il y a eu cette «stratégie Saint-Laurent qui ne se rendait pas bien plus à l'est que Québec.
Lors de la campagne de 2014, les politiques régionales de M. Legault se sont limitées à pourfendre l'énergie éolienne et le projet de cimenterie de Port-Daniel, en Gaspésie.
Il semble complètement à court d'inspiration dès qu'il sort de Montréal, de Québec et des couronnes de ces villes. Il semble ignorer que le développement régional dépend surtout d'interventions fines, plutôt que de coups de canon comme les grands barrages, sans les exclure d'emblée. La désorganisation de son parti dans l'Est-du-Québec, mise en lumière récemment par un reportage de Radio-Canada, témoigne de sa maladresse quand il est question de développement régional. 
En 2011, Stephen Harper a gagné une majorité électorale sans le Québec. François Legault, comme Philippe Couillard semble le faire, calcule probablement qu'il peut gagner une élection québécoise sans les régions.
Jusqu'à nouvel ordre, le Québec ne réagit pas comme le reste du Canada, quand il est en mode électoral. François Legault aurait donc intérêt à modifier son approche.