Les règles nous empêchent d’offrir les soins palliatifs

En réaction au texte «Un cancéreux en soins palliatifs abandonné par le système», d’Élisabeth Fleury, paru le 16 novembre

Lettre ouverte à madame la ministre de la Santé et des Services sociaux.

Pourquoi un médecin de soins palliatifs «plie bagage»?

Pourquoi une clinique externe de soins palliatifs ferme ses portes à 48h d’avis?

Si nous voulons éviter à tout prix que des services de soins palliatifs soient à nouveau interrompus, qu’un médecin de soins palliatifs plie bagage ou qu’une clinique de soins palliatifs ferme ses portes, nous devons nous poser les bonnes questions et nous devons réfléchir sérieusement. Pourquoi cela est-il arrivé? Il faut savoir qu’avant ces malheureuses décisions, de nombreux efforts ont été déployés pour éviter cette catastrophe. Malheureusement, cette situation risque de se reproduire dans d’autres milieux de soins palliatifs au Québec. Les soins palliatifs sont disponibles grâce à de petites équipes dévouées où de moins en moins de médecins formés sont présents. Ce n’est pas par manque d’intérêt que les médecins sont absents, mais parce que notre système d’attribution des postes en médecine familiale est devenu si rigide et complexe que les médecins formés en soins palliatifs n’arrivent pas à les dispenser.

L’État québécois s’est doté d’une Loi concernant les soins de fin de vie. Une loi qui engendre des droits pour des citoyens et des responsabilités pour l’État qui a voté cette loi. La Loi sur les soins de fin de vie prévoit que toute personne dont l’état le requiert a DROIT à des soins palliatifs. Un système de santé de son côté se doit d’être au service de ceux qui ont besoin de soins. Par conséquent, comment expliquer que depuis cinq ans il soit si difficile et compliqué d’attribuer des postes (aussi peu que 5 à 10 par année) à des médecins sélectionnés pour leurs intérêts et formés par nos universités en compétences avancées en soins palliatifs? Comment en sommes-nous arrivés à des règles si rigides et complexes que des médecins qui veulent exercer leur profession dans leur champ d’expertise auprès des patients qui ont besoin d’eux soient limités pour ne pas dire empêchés de le faire?

Ces médecins non seulement veulent travailler avec les patients et les familles en soins palliatifs, mais ils ont aussi à cœur de contribuer au développement, à l’enseignement, à la recherche et à l’organisation des soins palliatifs dans leur région. Ce petit nombre de médecins est essentiel pour assurer que toutes personnes dont l’état le requiert puissent avoir accès à des soins palliatifs de qualité non seulement dans les dernières semaines de leur vie, mais aussi longtemps qu’elles en auront besoin.

Tous les chiffres le confirment, un suivi par une équipe de soins palliatifs, incluant un médecin, permet une réduction des hospitalisations, des consultations à l’urgence et des décès en centre hospitalier pour cette clientèle. Le suivi en soins palliatifs permet aussi une réduction des examens et des traitements inappropriés en fin de vie et évite l’acharnement thérapeutique. On parle même d’amélioration de la qualité de vie et de la «quantité» de vie dans certains cas. De meilleurs soins à moindre coût, pourquoi tant d’obstacles pour les médecins qui veulent les offrir?

Il est temps, face à toutes ces questions sans réponses, de tout simplement revenir vers une règle bien simple, celle du «gros bon sens». À toute règle, il y a des exceptions, la langue française en est un bon exemple. Assouplissons les règles pour un petit nombre de médecins de famille. Laissons ceux qui sont formés en soins palliatifs pratiquer la médecine dans laquelle ils excellent. Laissons-les soutenir leurs collègues moins expérimentés, laissons-les faire de l’enseignement et de la recherche pour améliorer les soins palliatifs au Québec. Laissons-les prendre soin et accompagner ceux et celles qui ont besoin d’eux.

Madame la ministre de la Santé et aussi à vous tous qui élaborez les règles, est-ce possible au nom de tous ceux qui ont besoin de soins palliatifs de tout simplement faire preuve de gros bon sens?

Dre Christiane Martel
Présidente, Société des médecins de soins palliatifs (SQMDSP)