Les quadriporteurs électriques, ces vélos à quatre roues

POINT DE VUE / Eh oui, ça existe. Et ce ne sont pas de simples vélos d’enfants avec des roues d’entraînement, loin de là. Ce sont ces nouveaux quadriporteurs électriques, qui ont commencé à envahir nos rues, trottoirs, sentiers piétonniers et pistes cyclables.

Le phénomène est nouveau et résulte d’un étrange concours de circonstances. Les gouvernements et les villes ont réglementé les accès aux bâtiments publics de manière à les rendre accessibles aux fauteuils roulants. Elles ont également modifié les trottoirs aux intersections afin de permettre leur passage. Sage et louable décision qui rend moins pénibles les déplacements des gens qui souffrent d’un handicap, qui a d’ailleurs pris des décennies à se mettre en place, mais qui se rapproche de plus en plus de la maturité, à l’exception bien sûr des obstacles hivernaux, encore et toujours aussi difficiles à éliminer.

Les fauteuils roulants sont de plus en plus motorisés. On n’arrête pas le progrès et c’est une excellente chose que d’utiliser la technologie à cette fin. Mais pour bien des personnes âgées, le fauteuil roulant n’est pas nécessaire : elles ont une bonne capacité de se déplacer en marchant, mais l’âge ou des problèmes de santé peuvent réduire leurs capacités motrices ou celles de maintenir la station debout durant de longues périodes. Tout d’abord, les triporteurs ont fait leur apparition pour répondre à ce besoin. Ils ont plus récemment été remplacés par des quadriporteurs, un peu plus encombrants, mais beaucoup plus stables.

Moteurs, batteries, puissance, autonomie, pneus, guidons n’ont depuis cessé de s’améliorer. On a aujourd’hui accès à des quadriporteurs ultras performants et sophistiqués, qui n’ont aucune peine à sortir de leur édifice d’habitation pour prendre la clé des champs. Trottoirs aménagés aux intersections, sentiers piétonniers, pistes cyclables et même rues et routes sont à leur portée. Bravo, vive l’autonomie des personnes à mobilité réduite!

Ainsi est par contre né un nouveau problème de société. Ces petits véhicules personnels et les gens qui les utilisent ne vont certainement pas s’en arrêter là. Le quadriporteur s’est vite transformé en un nouveau loisir, celui des balades motorisées dans l’espace public extérieur. J’en ai même vu récemment des modèles avec cabine fermée pour protéger des intempéries, de véritables micro-voitures personnelles. 

Elles deviennent, par leur encombrement, une véritable nuisance pour les autres utilisateurs de ces voies de circulation qui n’ont jamais été prévues pour ce genre de moyen de locomotion : trop larges et trop rapides pour les voies piétonnières, trop lentes et trop encombrantes pour les pistes cyclables et finalement de véritables dangers publics dans nos rues et sur nos routes. 

Les autres usagers de ces voies de circulation sont bien sûr tout disposés à ces désagréments pour faciliter la vie des gens qui n’ont pas la chance de jouir d’une bonne santé, mais quand ils voient des personnes alertes et en pleine forme, s’en servir comme alternative motorisée à la promenade en vélo ou à la marche, leur patience à leur égard se dissipe très vite. En plus, qui sait si ces gens en ont un réel besoin ou bien s’il s’agit de simples promeneurs qui s’amusent avec leur nouveau joujou électrique?

Nous n’aurons pas le choix. Il faudra un jour que les gouvernements et les municipalités interviennent en resserrant les mesures de contrôle afin de mieux baliser les moyens de locomotion personnels motorisés et l’usage qu’on en fait, les quadriporteurs récréatifs n’étant peut-être finalement que la pointe de l’iceberg. La nature humaine est ainsi faite qu’il incombe à la société d’en limiter les excès et les nuisances, même s’ils sont le fait de nos aînés.