Les municipalités réclament une stratégie ferroviaire pour le Québec

Collectif d'élus municaux
Collectif d'élus municaux
POINT DE VUE / Nous sommes des mairesses et des maires de toutes les régions, à la tête de municipalités de toutes les tailles. Si nous prenons aujourd’hui la plume, c’est que nous fondons beaucoup d’espoir dans le Sommet sur le transport ferroviaire que tiendra le gouvernement du Québec le 9 décembre prochain à Drummondville. Le défi climatique, le développement économique régional et la mobilité demandent que nous nous réappropriions collectivement ce qui a soutenu pendant des décennies le dynamisme de notre pays: le rail.

Le transport ferroviaire a joué un rôle déterminant dans le processus d’industrialisation, l’ouverture de nouveaux marchés et le rapprochement des régions du Québec. Peu à peu délaissé au bénéfice de l’auto solo, il n’est maintenant plus que l’ombre de lui-même.

Effectivement, selon un sondage CROP réalisé l’an dernier pour le compte de l’UMQ, 87 % de la population du Québec utilise l’automobile pour se déplacer au Québec pour un trajet de 100 kilomètres et plus, comparativement à 4 % pour le train. Pire, il ne représenterait une alternative à la voiture que pour 22 % des répondants. Il n’est donc pas étonnant que ce désintérêt ait encouragé un désinvestissement des gouvernements à un point tel que le Canada ne se situe plus qu’au 16e rang mondial pour la qualité de ses infrastructures ferroviaires. Pourtant, le contexte québécois force désormais les décideurs publics à regarder le rail sous un nouveau jour.

Après tout, alors que les bouchons de circulation sont devenus le quotidien de bien des citoyennes et citoyens, le train offre un transport de masse, sur de longues distances, tout en générant une faible empreinte écologique. Peu énergivore, le rail constitue un choix logique pour diminuer la présence de camions sur nos routes et contribuer de fait à diminuer la congestion routière, et en conséquence, les émissions de gaz à effet de serre.

Opportunité économique, le transport ferroviaire est aussi un levier de développement. Il permet aux entreprises de gérer leur chaîne logistique et de rejoindre de nouveaux marchés et ressources. Il assure la mobilité interurbaine et favorise l’offre touristique régionale.

Le Québec est à un moment décisif en matière de mobilité, et le transport ferroviaire peut redevenir un véritable mode de transport structurant et concurrentiel pour les régions, pour autant qu’on y mette collectivement les ressources. Avec ses 6302 kilomètres de rails traversant plus de 500 municipalités, le train constitue un puissant levier économique. Plusieurs pays l’ont compris et ont misé avec succès sur les voies ferrées pour se développer et connecter les villes et les régions entre elles. Nous proposons au gouvernement de s’en inspirer. 

Pour redonner à la locomotive ses lettres de noblesse, l’Union des municipalités du Québec (UMQ), porte-parole des gouvernements de proximité, réfléchit depuis plusieurs années sur l’avenir du transport par voie ferrée et sur les façons de le situer au cœur d’un virage modal au bénéfice des citoyennes et des citoyens. C’est en ce sens qu’elle a adopté le 9 novembre 2018, la déclaration de Trois-Rivières qui dressait des constats lucides sur l’état du transport ferroviaire et sur l’avenir du train.

D’abord, pour le monde municipal, le gouvernement du Québec doit d’urgence dresser un portait précis de l’état du réseau ferroviaire québécois, des équipements nécessaires à l’exploitation et des investissements requis pour opérer d’une façon optimale et sécuritaire les activités ferroviaires. Ensuite, fort de ces constats, il doit se concentrer sur la connexion des entreprises au réseau ferroviaire.

L’UMQ propose à cet effet de favoriser les embranchements ferroviaires dans les parcs industriels et de mettre un poste de transbordement par région. Cette priorité s’avérera particulièrement stratégique pour les municipalités. Autre priorité, le transport des personnes devrait recevoir une attention particulière du gouvernement. Il faut favoriser l’interconnectivité en diminuant les ruptures de charges pour les passagers qui empruntent le train. Principale source de frustration chez plusieurs usagers, les marchandises doivent mieux cohabiter avec les citoyennes et les citoyens sur le même réseau. 

À condition qu’il demeure sécuritaire en tout temps, le transport ferroviaire constitue donc une opportunité à fort potentiel de croissance. C’est pourquoi le monde municipal se donne rendez-vous au Sommet sur le transport ferroviaire avec espoir qu’il se conclue sur des mesures concrètes qui contribueront à refaire du rail un mode de transport concurrentiel. Le monde municipal attend du gouvernement une stratégie ferroviaire sérieuse, ambitieuse et complémentaire avec les autres modes de transport.

Mme Suzanne Roy, présidente intérimaire de l’UMQ, présidente du Comité sur les changements climatiques de l’UMQ et mairesse de Sainte-Julie;

M. Jean-Maurice Matte, président du Comité sur le transport ferroviaire de l’UMQ et maire de Senneterre;

Mme Sylvie Beauregard, mairesse de Cowansville;

M. Jean Bouchard, maire de Mirabel;

M. Claude Corbeil, maire de Saint-Hyacinthe;

M. Pierre Corbeil, maire de Val-d’Or;

M. Daniel Côté, premier vice-président de l’UMQ et maire de Gaspé;

M. Sabin Côté, maire de Roberval;

Mme Manon Cyr, mairesse de Chibougamau;

Mme Diane Dallaire, mairesse de Rouyn-Noranda;

M. Éric Dubé, maire de New Richmond;

M. Jean Lamarche, maire de Trois-Rivières;

M. Jérôme Landry, maire de Matane;

M. Rémy Langevin, maire de Montmagny;

M. Benoît Lauzon, maire de Thurso;

M. Yves Lessard, maire de Saint-Basile-le-Grand;

M. Steve Lussier, maire de Sherbrooke;

M. Denis Martin, maire de Deux-Montagnes;

M. Yves Montigny, maire de Baie-Comeau;

Mme Julie Morin, mairesse de Lac-Mégantic;

M. Marc Parent, maire de Rimouski;

M. Serge Péloquin, maire de Sorel-Tracy;

M. Jean-Michel Pepin, conseiller de Delson;

M. Alain Poirier, maire de Lebel-sur-Quévillon;

M. Donat Serres, maire de La Prairie;

M. Martin Soucy, maire de Mont-Joli;

M. Pierre-David Tremblay, maire de La Tuque;

M. Gaétan Vachon, maire de Sainte-Marie;

Mme Sylvie Vignet, mairesse de Rivière-du-Loup;

M. Louis Villeneuve, maire de Bromont.