Le déficit budgétaire du gouvernement de l’Ontario sert surtout de prétexte au premier ministre Doug Ford pour mettre de l’avant des politiques motivées par l’ignorance et les préjugés, qui constituent des reculs importants pour les communautés minoritaires de la province, écrit notre éditorialiste.

Les minorités... Who cares?

ÉDITORIAL / Le déficit budgétaire du gouvernement de l’Ontario est considérable, mais il a aussi le dos large. Il sert surtout de prétexte au premier ministre Doug Ford pour mettre de l’avant des politiques motivées par l’ignorance et les préjugés, qui constituent des reculs importants pour les communautés minoritaires de la province.

Ses annonces, depuis son arrivée au pouvoir, montrent à quel point son gouvernement est celui d’un seul homme. Caroline Mulroney, ministre déléguée aux Affaires francophones et procureure générale, tout comme Lisa MacLeod, la ministre des Services à l’enfance et à la jeunesse, en sont réduites à un simple rôle de figurantes, forcées de défendre des positions qui contredisent leurs engagements.

Le premier ministre François Legault aurait profité de la rencontre déjà prévue avec M. Ford lundi pour exprimer son inquiétude devant l’abandon du projet de création d’une Université de l’Ontario français, et l’abolition du Commissariat aux services en français. Avec quelle vigueur, ça reste à voir. Les deux sujets sont absents du communiqué conjoint émis à l’issue de leur rencontre. 

Le premier ministre du Québec a certainement une responsabilité de défendre le français au sein du pays, mais cela dit, un premier ministre provincial n’a qu’un pouvoir limité de dicter à un autre la conduite de ses affaires. Le Québec n’accepterait pas que l’Ontario lui fasse la leçon dans ses propres champs de compétence. L’inverse est aussi vrai. 

Mais l’abolition des services aux francophones n’est qu’un volet de la mise en œuvre de l’agenda du premier ministre Ford. Son gouvernement a aussi annoncé qu’il élimine le Bureau de l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de l’Ontario; il a décidé que la charge de ministre des Affaires autochtones peut être assumée à temps partiel par le ministre de l’Énergie, du Développement du nord et des Mines; enfin, il a aussi annoncé l’abolition du ministère des Affaires civiques et de l’Immigration, responsable de l’intégration des réfugiés et des nouveaux arrivants, et de faciliter leur insertion sociale. 

Le nouveau premier ministre justifie ces mesures par sa promesse de réduire la taille du cabinet ontarien, pour le limiter à 21 ministres. Mais cette promesse ne repose sur aucun argument, pas plus que sa décision — improvisée — de réduire le nombre de conseillers à Toronto au beau milieu de l’élection municipale. 

Ces choix traduisent surtout les préjugés d’un politicien qui, à l’instar de Donald Trump, substitue ses impulsions au raisonnement, et ses croyances à la réalité. Cela se voit aussi à son comportement en conférence de presse, où des employés de l’État viennent empêcher les journalistes de faire leur travail en manifestant bruyamment.  

Cette vision des choses entraînera de sérieux reculs pour plusieurs communautés ontariennes, qui voient se volatiliser les acquis qu’elles croyaient assurés après des années de travail. Tout devra être repris à partir de zéro dans plusieurs cas. 

Devant un tel virage, on s’attend à mieux de la part du gouvernement fédéral que des manœuvres partisanes pour embarrasser le chef conservateur Andrew Scheer. C’est peut-être de bonne guerre à l’aube d’une année électorale, mais c’est aussi une bonne façon de passer à côté de la cible. 

M. Scheer manque certes de fermeté dans ce dossier et sa détermination à défendre les minorités ou le français ne convaincra personne, mais là n’est pas le problème, aujourd’hui. Il se trouve à Queen’s Park.