Si Philippe Couillard songe réellement à explorer le train suspendu propulsé par moteur-roue, il vaudrait peut-être mieux commencer par financer un banc d’essai avant de faire miroiter trop d’espoirs.

Les mauvaises fréquentations

ÉDITORIAL / Nous sommes maintenant en précampagne électorale. Le congrès du Parti libéral et le conseil général de la Coalition avenir Québec ont servi de rampe de lancement pour ces deux partis en fin de semaine. Le PLQ peut difficilement renier l’héritage de Jean Charest, mais l’hommage rendu à l’ex-premier ministre par M. Couillard risque d’approfondir la coupure qui se creuse entre son parti et la population québécoise.

Peut-être M. Couillard a-t-il voulu détourner l’attention en lançant dimanche l’idée d’un lien rapide électrique entre Québec et Montréal. Il semble y avoir beaucoup d’improvisation dans ce projet un peu trop vague. 

Si M. Couillard songe réellement à explorer le train suspendu propulsé par moteur-roue, il vaudrait peut-être mieux commencer par financer un banc d’essai avant de faire miroiter trop d’espoirs. La technologie ne repose sur rien de concret encore. Elle n’a été testée nulle part pour un usage interurbain, et encore moins aux vitesses qui sont proposées. 

Les estimations de coûts faites par les promoteurs, malgré leur bonne volonté, ne sont pour l’instant guère plus qu’une vue de l’esprit. Le grand intérêt de cette idée, à court terme, est surtout de reléguer au second plan le passage de M. Charest devant les militants libéraux.

Il y avait à calculer les profits et les pertes dans la planification de cet événement. À l’interne, les profits sont certainement plus grands. Le retour à l’avant-scène de l’ancien premier ministre, l’appui qu’il a offert à M. Couillard, aideront à souder les troupes avant le match électoral et à dissiper les doutes sur le leadership de l’actuel premier ministre au sein de son parti. Les scénarios un peu alambiqués de putsch, à quelques mois des élections, peuvent être mis de côté une fois pour toutes.

Mais c’est face à la population que les pertes devront être mesurées. Le Parti libéral ne doit pas faire l’erreur de sous-estimer l’ampleur du ressentiment provoqué par le régime sec imposé à la province, du désir de changer d’air qui risque de marquer les prochaines élections.

De voir M. Charest pavaner devant les militants n’a certainement pas atténué ce sentiment. Les Québécois ont l’impression d’avoir servi de figurants dans une mise en scène orchestrée pour faciliter la réélection des libéraux, et il n’est pas assuré qu’ils aient envie de jouer dans cette pièce-là en 2018. L’équipe de M. Couillard joue avec le feu si elle pense que les gens sont déjà prêts à tourner la page sur cet épisode sans demander de comptes. 

Le mini-budget, que constituait la mise à jour économique du ministre des Finances, n’a rien fait pour changer cette perception. Les électeurs savent fort bien que les chèques annoncés par M. Leitão ne tomberont pas des nues ou d’une croissance économique providentielle. Cette marge de manœuvre leur a été arrachée. Le contraste entre le discours du début de mandat et celui de la dernière année trahit un cynisme qui ne fait pas juste mal paraître le gouvernement libéral, mais qui fait mal à l’ensemble de la classe politique. 

Le pouls de l’électorat risque d’être fluide au cours des prochains mois. La Coalition avenir Québec a tout à gagner, si elle parvient à convaincre qu’elle peut offrir la solution de rechange, et tout à perdre si elle ne parvient pas à démontrer qu’elle peut se donner assez de profondeur pour relever ce défi. Ce sera une lutte serrée entre les trois partis, qui pourrait déboucher sur un gouvernement minoritaire.