Le ministre de l'Énergie, Pierre Moreau

Les faits alternatifs de M. Moreau sur l’énergie

Lettre ouverte au ministre de l’Énergie, M. Pierre Moreau

Lors de votre récent passage en Gaspésie, nous, Nastassia Williams, porte-parole de Tache d’huile et Pascal Bergeron, porte-parole d’Environnement Vert Plus, avons eu l’occasion de vous rencontrer en privé pendant une vingtaine de minutes. Nous souhaitons revenir publiquement sur certains des points de la rencontre qui nous ont troublés.

En premier lieu, nous avons été surpris de constater que lorsqu’il est question de science, nous sommes face à un partisan des faits alternatifs. Les scientifiques s’étant penchés sur la question, notamment ceux et celles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), nous disent que le gaz dit «naturel» n’est pas un combustible de transition. Sa combustion génère moins de gaz à effet de serre que le charbon ou le mazout, mais les émanations fugitives en amont de la combustion le rendent plus dommageable pour le climat que n’importe quel autre combustible fossile. Il y a certes des études financées par l’industrie, ou plus anciennes, qui minimisent les émanations fugitives, et vous pouvez, sur cette base, affirmer qu’il «y a des raisonnements inverses qui sont tenus en terme de science», «qu’il peut y avoir d’autres versions de la science» puisqu’il s’agit là de justifier la politique «de transition» énergétique de votre gouvernement. 

Or, lorsque vous tenez de tels propos, vous vous placez du même côté de l’histoire que Donald Trump qui nie les changements climatiques pour financer l’industrie du charbon, ou que Georges W. Bush qui parlait de l’absence de consensus scientifique pour ignorer les bouleversements climatiques.  

En terme d’informations, nous sommes tout aussi étonnés de constater que vous semblez être passablement démuni et mal outillé pour comprendre le dossier dont vous avez la responsabilité. Vous affirmez, comme votre prédécesseur, Pierre Arcand, que les quatre règlements qui visent à encadrer l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures sont les plus sévères en Amérique du Nord. 

Pourtant, à l’heure actuelle, ces règlements ne prévoient aucune mesure pour divulguer les produits chimiques que l’industrie va injecter dans les puits. Il s’agit pourtant d’une mesure de santé publique qui a été mise en place pour protéger les personnes, qu’elles travaillent ou non pour les pétrolières, qui entrent en contact accidentel avec ces substances. Comment les soigner sans savoir avec quoi elles sont intoxiquées? Certaines juridictions obligent la divulgation publique des produits chimiques avant le début des travaux. 

Votre règlement permet aussi la fracturation hydraulique, interdite dans plusieurs États américains. Peut-être les règlements québécois sont-ils les meilleurs parmi les États les plus cancres, et encore. Devant ces informations, il y a deux options. Soit que vous ne connaissez pas suffisamment le dossier pour juger convenablement des faits que vous avancez, soit que vous mentez. Dans les deux cas, votre position pourrait avoir de graves conséquences sur nos communautés et nos écosystèmes.

Finalement, lors de cette rencontre, nous avons été troublés par le fait que Mme Luce Asselin, la sous-ministre qui vous épaule, adopte une attitude arrogante et méprisante envers la population et les communautés. À propos du déficit de consultations publiques, elle a répondu : «Je suis obligé d’avoir un petit rictus là quand même, parce que, dans tout le processus des évaluations environnementales stratégiques qui touchaient spécifiquement les hydrocarbures, on s’est retrouvé à travers le Québec à rencontrer la population. On en a fait beaucoup, maintenant ça nous a permis de s’asseoir pis de présenter ce qu’on a devant les yeux.» 

Nous invitons Mme Asselin, votre plus proche collaboratrice, à ravaler son rictus puisque le processus auquel elle fait référence demeure incomplet. Plusieurs études planifiées dans le cadre des évaluations environnementales stratégiques ont été annulées, dont celle portant sur les scénarios sommaires de production d’hydrocarbures par bassin géologique, alors que les informations sur les formations géologiques analogues existent. En date d’aujourd’hui, il n’y a aucun scénario économique spécifique à la Gaspésie, autant en terme d’enrichissement collectif que de création d’emploi, alors que la création d’emploi est le seul appât qui permet de faire avaler l’industrie aux Gaspésiens et Gaspésiennes. 

Votre gouvernement n’a pas présenté de test climat valide en lien avec l’expansion de cette industrie : même avec des émissions fugitives largement sous-estimées et le forage de seulement 1100 puits, le BAPE arrivait à une augmentation des émissions de GES de 3 % durant 25 ans. Les routes, les ponts et les quais qui s’effondrent en Gaspésie ne peuvent plus supporter d’augmentation des émissions de GES.

M. Moreau, nous vous l’avons demandé en rencontre, nous le réitérons publiquement : cessez de mentir et informez-vous convenablement. Le gaz naturel n’est pas une énergie de transition. Votre ministère n’a pas écrit les règlements les plus sévères en Amérique du Nord. Nous, de la Gaspésie, n’avons pas été valablement consultés. Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons rien à gagner. Le fardeau de la preuve revient à l’industrie et, en attendant, tous les travaux doivent cesser.

Pascal Bergeron, porte-parole d’Environnement Vert Plus

Nastassia Williams, porte-parole de Tache d’Huile